JOSEPH. — PROJET D'ANNEXER LA CATALOGNE
couronne au cas où l'Empereur violerait l'intégrité du territoire espagnol. Napoléon ne voudrait-il pas que le bruit répandu de l'annexion de la Catalogne, s'ajoutant au dénûment où est Joseph, au mécontentement des officiers, àTanéantissemônt de TArmée du Centre, le déterminassent à adopter la seule solution qui puisse terminer la guerre : son abdication ou sa retraite? Mais, si Joseph renonce une fois de plus à appeler à Madrid sa femme et ses filles; s'il déclare que, cet état de choses continuant, il n'aura d'autre parti à prendre que de s'en aller à l'armée de Suchet ou du maréchal Soult en abandonnant Madrid », il n'a nulle idée de se retirer; il est certain que « l'Empereur connaissant la vérité, viendra à son secours » ; il multiplie ses plaintes à Berthier ; il lui remet sous les yeux ses promesses; il lui envoie copie de la lettre qu'il a reçue de lui le 1*'' juin et qui était écrite au nom de l'Empereur. Enfin, comme il a fait ci-devant, il charge Julie de porter à l'Empereur lui-même, à Compiègne où elle est invitée, son ultimatum : « Tu sauras, lui écrit-il le 21 septembre, la réunion projetée de la Catalogne, le sort qui est offert aux Français qui m'ont suivi, les incursions forcées, mais non pas moins réelles, de l'Armée de Portugal dans les provinces du Centre, l'impossibilité de me soutenir ici sans commandement, sans ai*^gent. On m'avait promis un million et on ne m'en envoie pas même la moitié; car je suis à attendre le prêt du mois d'août et on me donne 500 000 francs au lieu d'un million. Je devais toucher le quart des revenus des arrondis-
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sements du Nord et du Midi et je ne reçois rien. Dans cet état de choses, il faut obtenir de l'Empereur une explication positive. Si je dois rester, il faut que les promesses qui m'ont été faites me soient tenues, et, alors, viens et apporte avec toi les moyens d'argent qui me sont promis, de manière que je sois sans inquiétude pour notre existence pendant six mois; mais, au moins, si l'Empereur ne fait pas cela, qu'il veuille que je rentre en France, sache-le, mande-le moi et que cette longue pièce s'achève, le plus tôt sera le mieux. »
Comme il est arrivé déjà, devant Julie intervenant, Napoléon recule : il éprouve pour elle, qui ne l'aime point, qui ne lui a jamais pardonné de n'avoir pas épousé Désirée, une forme de respect qui tient sans doute à ses vertus, mais aussi au degré de splendeur oii étaient portés les Clary au temps du mariage de Joseph; ce fut le premier pas de la famille vers la fortune : l'impression en a subsisté, même chez le souverain du Grand Empire. Puis, elle représente l'aîné; elle a obtenu de son union avec lui des agréments médiocres; elle a une part au gouvernement de la famille : elle paraît rarement, mais, lorsqu'elle se mêle d'emporter quelque chose de l'Empereur, bien rarement elle échoue, même pour les plus inexplicables grâces. Enfin, là, l'Empereur ne veut pas avouer le but qu'il poursuit; il ne veut pas prendre la responsabilité de détrôner son aîné, de le lui dire, de le dire à Julie ; il souhaite que Joseph se relire, mais il ne l'y contraindra pas. Julie a donc, pour le moment,