JOSEPH. — PROMESSES NOUVELLES DE NAPOLÉON
un apparent gain de cause. Le 9 octobre, l'Empereur mande à Bertliier : « Ecrivez à Sa Majesté Catholique que je donne des ordres pour que Targ-ent qu'elle désire lui soit envoyé. » Josepii est autorisé à retenir à l'Armée du Centre les troupes venant de France destinées à l'Armée du Midi, et Soult sera invité impérativement à restituer à l'Armée du Centre les hommes qui en font partie. Voilà Joseph rassuré : « Je vois avec plaisir, écrit-il le 8 novembre, que l'Empereur conçoit la difficulté de ma position et vient à mon secours. Les ennemis nous font une guerre terrible avec l'argent, et l'état oii je me trouve les aide beaucoup par la désertion occasionnée par la pénurie où nous nous trouvons de tout. »
Mais il en est de celte promesse comme des autres : c'est toujours 500 000 francs qu'il reçoit; encore, plus ou moins exactement, selon les disponibilités du Trésor. Tout un grand mois s^'écoule sans qu'aucun convoi n'arrive et, le 24 décembre, Joseph écrit : « Je suis aujourd'hui réduit à Madrid ; je suis entouré de la plus horrible misère; je ne vois que des malheureux autour de moi; les principaux de mes fonctionnaires sont réduits à n'avoir plus de feu chez eux. J'ai tout donné, tout engagé, — à Paris, pour un million de biens, à Madrid le peu de diamants qui me restaient — je suis moi-même tout près de la misère. Que Votre Majesté me permette de rentrer en France ou que Votre Majesté Impériale me fasse payer exactement le million par mois qui m'a été promis à dater du 1" juillet ; avec ce secours je puis me traîner;
sans cela, je ne puis pas prolonger mon séjour ici et je serai embarrassé à faire même mon voyage ; j'ai épuisé toutes mes ressources. »
Noël n'ayant rien apporté, Joseph adresse, le i" janvier, à l'ambassadeur de France, une note officielle où il met en parallèle les assurances qu'il a reçues à Paris et les effets qui les ont suivies. « Aucune de ces promesses ne s'est vérifiée, dit-il, et ce n'est pas ce dont je me plains, j'ai dû croire et je crois encore que des événements indépendants de la volonté de l'Empereur s'y sont opposés jusqu'ici, mais il faut passer le temps qui nous sépare de la réalisation de ces espérances et c'est ce que je ne puis faire sans les secours qui m'ont été promis et qui ne m'ont pas été envoyés. C'est pourquoi, déclare-t-il, faute du paiement d'un million par mois, je ne puis prolonger mon séjour ici d'une manière convenable à l'honneur de mon nom. »
Ne doit-on pas penser que c'est là un ultimatum et que la forme inusitée et solennelle qu'il a prise pour porter ses plaintes annonce un prochain départ? Ce serait mal connaître Joseph : s'il songe à quitter Madrid, c'est pendant quelques mois et pour aller, non en France, mais à Valence qui vient d'être prise par le maréchal Suchet : il ferait entrer cette ville, le territoire qui peut la nourrir et les troupes qui doivent la défendre « sous son autorité directe », dans l'arrondissement de l'Armée du Centre. Sous tous les rapports, il est convenable, utile, nécessaire qu'il aille à Valence : « Il m'est pénible, écrit-il à l'Empereur, de