‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 111 sur 213 · JOSEPH. — NAPOLÉON NE SAIT QUE FAIRE DE LUI · texte numérisé non relu

JOSEPH. — NAPOLÉON NE SAIT QUE FAIRE DE LUI

prolonger ici une vie inutile et bientôt honteuse. Gomment puis-je vivre, avoir des ministres, avoir un Conseil d'Etat, me rappeler ce que je suis et le nom que je porte, et vivre ici comme les rois fainéants dans leur cloître, sans avoir comme eux la foi qui leur faisait juger leurs humiliations médiocres aux yeux du ciel? Que le maréchal Suchet, Soult, Marmont commandent des armées, je ne refuse rien, je ne demande rien, Sire, de ce que les autres peuvent faire mieux que moi, mais je demande à faire mon métier dans la portion du territoire central arraché à l'insurrection, afin que je puisse être mieux connu, et j'ose le dire, afin que les peuples connaissent le bien qu'ils repoussent et que la paix devienne bientôt le vœu et l'intérêt de toutes les provinces espagnoles. »

Rien ne semble alors moins dans les idées de l'Empereur que d'accorder à son frère un pouvoir effectif sur le royaume qu'il lui a donné. Il est excédé de l'Espagne; il ne lit plus même les rapports militaires qu'il en reçoit, et il se contente d'analyses. Les cris de misère que pousse son frère ne le touchent pas. Il sait que, « par une prodigalité que ne comporte pas sa situation, le roi continue des traitements à Paris à des individus qui ne lui servent de rien » et gâche ainsi 50 000 écus qui seraient bien mieux employés « si on les envoyait au roi, à Madrid, puisque à chaque occasion il demande de l'argent ». Il est las d'avoir, au petit Luxembourg, Julie qui occupe un palais et à laquelle il continue à verser, chaque année, le million de la dotation que Joseph a reçue comme prince français. Il ne

sait quoi faire de l'Espagne, et, en celte unique occasion, il n'a l'idée nette ni des forces et des moyens à employer, ni des résultats à poursuivre. Il a, depuis trois ans, remis à y venir lui-même, pour juger sur place. Mais du moins, depuis trois ans, avait-il conscience que lui seul pouvait porter un remède à celte situation chaque jour plus désespérée. Depuis 1809, il avait maintenu, d'abord à la frontière, puis à Yiltoria, ses équipages de campagne, équipages formés exprès pour celle sorle de guerre et qui ne sauraient, semble-t-il, servir ailleurs. A tout moment, il avait exprimé le dessein de venir et d'en finir : il arriverait en coup de foudre, trouverait tout préparé, se mettrait à la tête de sa garde, toute répartie dans l'arrondissement des Armées du Nord et d'Aragon, et Ton verrait beau jeu. A présent, à la fin de décembre, il rappelle ses équipages qui, le 11 janvier, parlent de Vittoriasous une escorte de cinquante cavaliers, vingt gendarmes à pied et une compagnie d'infanterie; il rappelle les grenadiers, l'artillerie à pied, la gendarmerie d'élite, les guides de l'armée, l'artillerie à cheval, le train d'artillerie, les Chasseurs, les Polonais, les Dragons de la Garde ; il n'attend que la prise de Valence pour rappeler l'infanterie de la Garde et alors, les généraux, les officiers d'étal-major polonais, les trois régiments de la Vistule, deux régiments français et toute la Garde.

Prenant ses précautions vis-à-vis de Joseph, il lui a écrit le 1" janvier : « Dans aucun cas, je ne retirerai aucune troupe d'Espagne et j'en enverrai de nou-

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