JOSEPH. — ANNEXION DE LA CATALOGNE
velles. » Rien de plus exact à suivre ses chiffres : en remplacement de la Garde et des troupes d'élite qu'il a rappelées : quarante bataillons, dont vingt-deux de la Garde, il envoie les divisions Souham, Reille et Caffarelli, chacune de quatorze bataillons, total quarantedeux. « Ainsi, au lieu de se trouver perdre, les armées d'Espagne se trouveront gagner. »
L'armée gagnant à être ainsi composée de conscrits, l'Espagne gagnera à être diminuée d'un royaume. Le moment semble venu à Napoléon de réaliser ses projets sur la Catalogne. Est-ce pour prendre un avantage territorial qu'il gardera, quelque issue qu'aient les choses en Espagne? Est-ce pour mettre fin aux hésitations de Joseph? Est-ce pour présenter, en cas d'une négociation avec les Anglais, l'abandon de la Catalogne comme une concession ? Ces hypothèses sur l'intention peuvent être soutenues, elles ne changent rien au fait.
Le 14 janvier, l'Empereur écrit à Berthier : « Vous me ferez une division territoriale de la Catalogne en deux divisions. Vous consulterez à cet effet le général Guilleminot qui a été sur les lieux. » Le même jour, Berthier remet le projet de Guilleminot. L'Empereur ne l'approuve pas; reprend lui-même le travail qu'il adresse le 25 au major général : « Vous trouverez, lui écrit-il, le décret par lequel la Catalogne est organisée en quatre départements. » De ce décret, l'article 1" est ainsi conçu : « Le territoire de la Catalogne est réuni à l'Empire français, ainsi qu'une petite portion du pays située en Aragon dont les limites seront tra-
cées sur la rive droite de la Cinca et de l'Ebre, à l'ouest de la route de Fraga à Mequincnza et Balea. » Ce territoire formera quatre départements : département du Ter, chef-lieu Girone, sous-préfectures ': Figuières et Vicq ; département du Mont-Serrat, cheflieu Barcelone, sous-préfectures : Yilla-Franca et Manresa; département des Bouches-de-rEbre, cheflieu Lérida, sous-préfectures : Tortose, Tarragone, Cervera ; département du Sègre, chef-lieu Puycerda, sous-préfectures : Talarn, Salsone. La vallée d'Aran est réunie au département de la Haute-Garonne. Les départements du Ter et du Sègre forment la SS*" division militaire, ceux du Mont-Serrat et des Bouches-de- TEbre la 34^
Des expéditions du décret sont adressées aux divers ministres compétents; mais, sur réflexion, elles sont retirées; TEmpereur modifie la rédaction sur un point essentiel : il supprime la réunion à FEmpire, se borne à écrire : « le territoire de la Catalogne est divisé en quatre départements, » et raye les divisions militaires; mais, d'ailleurs, tout subsiste du décret, auquel, le même jour et les jours suivants, un ensemble de décrets, lettres et instructions donnent le développement qu'il comporte : création aux ordres du général comte Reille d'une Armée de l'Ebre, formée de quatre divisions et recevant pour arrondissement l'Arag-on entier et les départements du Mont-Serrat et des Bouches-de-l'Ebre ; instructions à Suchet pour le royaume de Valence, à Dorsenne pour l'Armée du Nord, à Decaen pour les départements du Sègre et du
JOSEPH. — ANNEXION DE LA CATALOGNE 26o
Ter. Nulle part il nVst question de Joseph. Son armée du Centre, réduite presque à sa garde et à ses régiments espagnols, se trouve ainsi cernée, bloquée par toutes ces armées, dont les chefs n'ont avec lui aucun rapport de subordination, pas même des égards do politesse. Decaen et Reille en Catalogne et en Aragon, Suchet dans le royaume de Valence, se reliant à Soult en Andalousie; Marmont en Estramadure, empiétant sur la Castille neuve ; plus haut, Dorsenne, remplacé bientôt par Caffarelli, dans les Asturies, Léon, la Biscaye et la Navarre, tous s'établissent, s'installent, se trouvent bien comme ils sont et quiconque tente de les troubler — fût-ce l'Empereur ou ses délégués — est assez mal traité pour perdre le goût de se mêler de leurs affaires.
L'exemple de ce qui va se passer en Catalogne est le plus démonstratif qu'on puisse trouver.
L'Empereur, poursuivant l'exécution du décret du 26 janvier, a nommé le 2 février, outre les préfets et les sous-préfets, deux intendants, chargés chacun de deux déparlements : ce ne sont pas de médiocres personnages, ce sont des conseillers d'Etat : Chaîlivelin et Gérando. Les préfets de même ont été choisis avec le plus grand soin : ils sont jeunes, tels qu'il les faut, et ils ont fait leurs preuves : Alban de Villeneuve va aux Bouches-de-rÈbre, le comte Treilhard au Mont-Serrat, Roujoux au Ter, Viefville des Essarts au Sègre. Les sous-préfets Bérenger, Lefôvre de Courchamp, Bouthillier-Beaumont, de Laage, Chevalier, Girod-Libois, Las Cases, Billig sortent la plupart
du Conseil d'Etat, certains des préfectures : presque tous jeunes, riches, distingués, pleins de connaissance et de zèle. Ils partent en hâte sur l'ordre exprès de l'Empereur. « Accueillis à bras ouverts par les Catalans, avec l'expression du dédain par les généraux », ils ne trouvent à Girone aucun gîte qu'on leur ouvre et couchent huit nuits sur le pavé. Tout de suite, les commissaires des guerres qui, avant leur arrivée, remplissaient toutes les places, ouvrent contre eux les hostilités. Partout, coalition des militaires « pour faire prévaloir un système d'opposition à l'établissement de l'autorité civile. » Roujoux, préfet du Ter, ayant porté plainte des excès commis par des soldats d'artillerie, le général Prost arrive dans son cabinet, le sabre nu à la main, et le menace de le tuer s'il se mêle de dénoncer ses soldats. Roujoux, par esprit de modération, tait l'attentat de Prost ; dès lors, nul moyen de répression contre les vols qui se commettent partout. Les préfets écrivent lettre sur lettre, mais c'est au général en chef, lequel n'en tient aucun compte. Des villages sont pillés, des individus paisibles sont arrêtés et pendus. Les préfets crient : on les laisse crier. A Olot, ville entièrement soumise, où il y a en fonctions un sous-préfet et des employés de toutes les administrations, sous prétexte qu'un coup de fusil a été tiré sur un traînard — et, disent les employés français, c'est le traînard qui l'a tiré, — le général en chef entre à la tête de dix mille hommes, laisse piller pendant une heure, impose la ville à 60 000 francs de contribution extraordinaire et à