JOSEPH. — EXEMPLE DE LA CATALOGNE
120 000 rations. Au retour du général à Puycerda, Gérando, qui, accompagné du préfet et du maire, vient lui présenter des observations, est accueilli « avec des expressions tellement grossières, tellement outrageantes qu'il faut toute la prudence de ce sage magistrat pour éviter un éclat funeste ». M. Viefville des Essarts, préfet du Sègre, en présence de ces faits et de bien d'autres, écrit à l'intendant « qu'il ne voit aucune possibilité à l'organisation de son département et qu'il préfère s'éloigner à être l'objet du mépris et considéré par l'armée comme un obstacle à ses opérations j). A Girone, le préfet est tombé malade, au moment même où Gérando, épuisé par ces luttes, a dû se rendre aux eaux de Dax : le général en chef saisit l'occasion et, déterminé à changer de lui-même l'ordre de l'administration décrété par l'Empereur, il arrive à la préfecture. Il a la fâcheuse surprise d'y trouver guéri le préfet qu'on disait mort, et revenu Gérando qu'on disait à Paris. « Son étonnement est extrême et il le laisse éclater dans la réception pleine d'emportement qu'il fait à M. de Gérando. Les propos les plus extraordinaires et les plus injurieux sortent de sa bouche en présence du commissaire général de police et de l'état-major. Le lendemain, il fait connaître un arrêté par lequel il réduit tous les traitements administratifs et frais de bureau aux trois cinquièmes. » Et, lorsque Gérando vient lui porter ses réclamations, il répond : « L'armée a besoin de ce sacrifice. Je veux que l'Empereur rappelle son administration ou qu'il la paye. Mon intention est de
VOUS faire crier. » Gomme l'intendant lui représente que, pour la sûreté des fonds, il doit au moins excepter les percepteurs et les comptables, il retire à ceuxci la perception des contributions et la remet aux commandants militaires. L'administration civile n'a plus ni autorité, ni action, ni raison d'exister. Ses chefs sont livrés à la risée des soldats. Gérando, intendant, conseiller d'Etat, baron de l'Empire, est publiquement insulté dans l'exercice de ses fonctions par des colonels, des adjudants commandants, parle moindre épauletier ; « sa sûreté personnelle, la dignité de son ministère sont compromises ». Le général, ayant pour complices tous les commandants militaires, veut que l'administration s'écroule par le départ des administrateurs : il y va de sa fortune. Cette misérable administration « ne voudrait-elle pas maintenir la saisie faite par les douanes de France d'environ cinq cents voitures de denrées coloniales chargées pour son compte ou, suivant lui, pour le compte de l'armée ? » Si telles sont les facilités que rencontre, de la part des militaires, une administration française, instituée par l'Empereur, composée de fonctionnaires d'un rang supérieur revêtus de pouvoirs d'exception et pouvant porter leurs plaintes directement aux pieds du trône, qu'on juge quelle situation est faite par les généraux à l'administration espagnole instituée par Joseph et composée de fonctionnaires qui, s'ils sont Français de naissance, n'en sont que plus méprisés par les officiers français, qui, s'ils étaient Espagnols de patrie, sont traités en vaincus et dont la voix n'a pas