‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 114 sur 213 · JOSEPH. — LES GRANDS VASSAUX · texte numérisé non relu

JOSEPH. — LES GRANDS VASSAUX

plus de chances pour être écoutée à Paris que celle de leur souverain lui-même.

Le partage efTectif de l'Espagne en fiefs militaires, indépendants les uns des autres, reliés seulement à l'Empire par des liens dont l'exemple de la Catalogne montre assez la faiblesse et le relâchement, a eu pour conséquence que chacun des généraux en chef lève des contributions, recrute des hommes, organise et administre son territoire pour son compte, sans se soucier du voisin, en prenant ses convenances, en prêtant, s'il lui plaît, à l'un ou à l'autre un secours momentané, le marchandant ou le refusant ; et, tandis que les Grandes Compagnies, sous le nom de guérillas, parcourent le pays, passent entre les postes, pillent les villages et tuent les voyageurs, une féodalité sous le nom de Commandements d'armée ou de Gouvernements de provinces, s'est constituée en Espagne, telle qu'on la vit en France du xu® au xiv^ siècle, et ces nouveaux grands vassaux sont ducs, princes ou rois en Navarre ou dans les Asturies, en Catalogne ou en Eslramadure, comme jadis les anciens étaient comtes €n Artois ou en Auvergne, ducs en Normandie ou en Bourgogne. Mais les grands vassaux d'à-présent n'ont point de suzerain auquel ils aient prêté foi et hommage ; ils ont un chef militaire et politique, et ce chef €st l'Empereur, qui est loin, qui va être séparé d'eux par des milliers de lieues et dont ils se sont accoutumés dès lors à méconnaître les ordres et à enfreindre les décrets. L'école de la guerre espagnole montrera bientôt quels enseignements elle a donnés.

Quant au roi d'Espagne, dans leur dédain pour ce qui n'est pas militaire, dans leur haine méprisante contre la famille de l'Empereur, dans l'orgueil de leur indépendance, ils ont comme une joie d'enfants méchants à le brimer, l'insulter, à le voir se débattre dans sa misère. Ils molesteraient ses agents et pressureraient ses peuples pour le plaisir, si même leur avidité ne les poussait pas. Vis-à-vis des Espagnols, rien ne les arrête en leur tyrannie, ni la religion commune, ni les traditions héréditaires, ni le souci de l'avenir, puisqu'il s'agit seulement de tirer le plus possible de leur souveraineté momentanée. Ils ne rencontrent, pour tempérer leur folie d'exploitation brutale, ni une hiérarchie dont eux-mêmes relèveraient et participeraient, ni aucun de ces organismes sociaux qui, au moyen âge, s'étaient peu à peu formés pour la résistance. Us sont les maîtres : leur verbe fait la loi et nulle loi ne prévaut contre eux, nulle institution, nulle tradition. Jamais un tel despotisme ne s'est présenté avec cet ensemble et cetémiettement tout à la fois, car, au moins, les premiers Capétiens, si leur pouvoir effectif ne s'étendait guère hors du domaine royal, se trouvaient investis, vis-à-vis des grands vassaux, d'une autorité morale, d'un droit familial, du prestige de la souveraineté, de la consécration religieuse. Ici, Joseph n'a rien qui l'élève, le recommande, le fasse respecter. On lui vole l'argent même que lui envoie l'Empereur et il doit se taire. Le 2o janvier, il a été avisé^ de Burgos, que le neuvième convoi de 1811 y était arrivé, mais qu'on ne se souciait pas de le faire

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