‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 115 sur 213 · JOSEPH. — COMME IL EST TRAITÉ DES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

JOSEPH. — COMME IL EST TRAITÉ DES GÉNÉRAUX

escorter jusqu'à Madrid. Il a envoyé de ses troupes pour prendre possession de ces mallieureux 500 000 francs qu'il attend comme les Hébreux attendaient la manne, et on ne livre à ses envoyés que 380 000 francs, le reste ayant été retenu pour droit de commission par le général en chef de l'Armée du Nord. Les Français qui sont dans sa garde n'ayant pas été soldés depuis neuf mois et ne recevant pas de distributions, les officiers demandent à rentrer en France, les soldats désertent et vont à l'armée anglaise ou aux partidos 011 on les paye chèrement et régulièrement. Cela encore est une occasion de risée pour les généraux français ; mais Joseph, malgré l'absence totale de nouvelles, soit des armées, soit de Paris ; malgré la famine à Madrid, le pain à dix-huit sous la livre, les gens mourant de faim dans les rues, malgré la peste qui s'annonce, malgré les bandes insurgées courant jusque sur la promenade de Madrid, sabrant des promeneurs et enlevant des mules, malgré l'annexion de la Catalogne que, le 3 mars, l'ambassadeur de France a signifiée officiellement à son minisire des Affaires étrangères, malgré tout, Joseph ne part pas. Sans doute parle-t-il à sa femme des joies qu'il éprouverait à se rendre à Mortefontaine, de la terre qu'il voudrait obtenir « à deux ou trois cents lieues de Paris, en Italie ou dans le midi de la France », car il a besoin du midi; mais cela est vain, car, à côté de celte démonstration qui lui semble nécessitée par les circonstances, il place une invite à l'Empereur qu'il compte bien devoir être entendue : « Je ne veux pas

augmenter les embarras actuels, écrit-il le 11 à Julie, et je suis prêt à rester tant que la guerre du Nord peut le lui faire désirer. ^) C'est une marque d'attachement qu'il donnera à son frère qui devra lui en être reconnaissant; mais il entend bien que, s'il reste, ce sera avec pleins pouvoirs et commandement en chef.

Il ne s'est pas trompé dans son calcul et, de nouveau, en gagnant du temps, il a tout gagné — si c'est gagner quelque chose que garder cette ombre de couronne. Le 13 mars, il reçoit une lettre de Berthier en date du 18 février qui est le bulletin de sa victoire. « L'Empereur, écrit le major général, désire que le maréchal Jourdan soit votre chef d'état-major, car, si la situation politique oblige Sa Majesté à aller en Pologne, son intention est de vous donner le commandement de toutes ses armées en Espagne. »

Jourdan est à Madrid depuis la fin de septembre 1811. Le n juillet, l'Empereur a donné ordre à Berthier qu'on lui comptât la somme nécessaire pour faire ses équipages et aller à Madrid oii il pourrait être utile et qu'il y partit sans délai ^ Le maréchal y est arrivé

' Dans ses mémoires, dont la véracité est suspecte, Jourdan a rapporté que l'Empereur l'avait appelé à Saint-Gloud et lui avait dit « qu'il ferait de l'Espagne ce qui conviendrait à sa politique ». Jourdan aurait, ajoute-t-il, « fait les plus vives instances pour être dispensé de reprendre un emploi qui lui avait attiré tant de désagréments, non pas de la part du roi qui ne cessa jamais de le combler de bontés, mais qui provenaient de la fausse position où il s'était trouvé. » Tout cela est peu vraisemblable. L'Empereur n'aurait guère choisi pour confident l'homme de son frère, à moins que ce ne fût pour que ses dires fussent rapportés. Les objections de Jourdan ne pouvaient s'expliquer que si on lui eût parlé de la place de chei d'état-mojor; or, il n'était question que du gouvernement de Madrid, rapportant cent mille francs par an — le commandement de l'Armée du Nord étant définitivement écarté.

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