‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 117 sur 213 · JOSEPH. — IL LE MARCHANDE 27S · texte numérisé non relu

JOSEPH. — IL LE MARCHANDE 27S

— il a reçu la lettre de Berlhier le 19 et il a tout de suite fait la proposition à Jourdan^ donc il a virtuellement accepté l'offre de TEmpereur — le 23, donc, il expédie à Julie, Deslandes, son secrétaire intime. Julie devra remettre à l'Empereur une lettre parlaquelle Joseph renonce au trône d'Espagne, d'abord « si le décret de réunion a lieu et s'il est publié dans les gazettes », ensuite, « si l'Empereur, faisant la guerre à la Russie, ne lui donne pas — à lui Joseph — le commandement et ne lui laisse pas l'administration du pays » ; de même, « si M. Mollien ne lui a pas envoyé d'argent après les 500 000 francs qu'il a reçus pour janvier ». « Je mets, écrit-il, autant mon honneur à ne pas quitter l'Espagne trop légèrement que je le mets à la quitter dès que, durant la guerre avec l'Angleterre, on exigera de moi des sacrifices que je ne puis et ne dois faire qu'à la paix générale, dans le but du bien de l'Espagne, de la France et de l'Europe. »

Ainsi, de la part de Joseph, des querelles de forme, d'argent, de protocole; nulle inquiétude, nulle crainte au sujet du commandement général qu'il assumerait; nulle au sujet de ces six armées indépendantes qu'il aurait à diriger sur un théâtre comprenant la péninsule entière; nulle au sujet de ces cinq généraux en chef, qui, depuis deux ans, partout, toujours, en toute occasion, méconnaissent ses instructions, repoussent ses prières, et ayant pris l'habitude de le mépriser, ne sauraient être rangés à ses ordres que par des pouvoirs discrétionnaires armant une âme de fer. Et

l'adversaire est Wellington qui vient d'enlever Giudad- Rodrigo, qui assiège Badajoz, qui tient en échec TArmée de Portugal. Et Marmont en péril appelle vainement ses frères d'armes; et le chef de l'Armée du Nord comme le chef de l'Armée du Midi se dérobent sous les prétextes les plus frivoles.

Qu'on donne à Joseph le commandement général, l'administration générale et beaucoup d'argent, tout ira bien. Il éprouve en ses propres talents, militaires et civils, une confiance à ce point robuste que, quelque désastre qu'il subisse, il y trouvera toujours une explication qui servira à son apologie.

Aux conditions qu'il a posées, il ne se tient même pas : L'Empereur ne les connaîtra que par les gazettes anglaises. Sur Deslandes, tué par un parti de Mina, les lettres de Joseph ont été trouvées; elles sont publiées dans tous les journaux espagnols : elles mettent à nu les querelles entre les deux frères, la misère du roi, le délabrement de son armée, l'annexion certaine de la Catalogne. L'Empereur, qui les tient pour fausses, n'y fait certainement pas réponse. D'ailleurs, Joseph, dès que, le 3 avril, il a connaissance de la lettre que l'Empereur a écrite le 16 mars à Berthier, s'empresse de prendre le commandement général et d'avertir les commandants des diverses armées.

La lettre de l'Empereur est ainsi conçue : « Mon cousin, vous ferez connaître au roi d'Espagne par une estafette extraordinaire qui partira ce soir, que je lui confie le commandement de toutes mes armées en Espagne et que le maréchal Jourdan remplira les fonc-

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