‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 118 sur 213 · JOSEPH. — POUVOIRS QUI LUI SONT CONFÉRÉS · texte numérisé non relu

JOSEPH. — POUVOIRS QUI LUI SONT CONFÉRÉS

tiens de chef d'état-major. Vous donnerez en même temps cet ordre au maréchal Jourdan. Vous informerez le roi que je lui fais connaître mon intention sous le point de vue politique par le canal de mon ambassadeur. Vous écrirez au maréchal Suchet, au duc de Dalmatie et au duc de Raguse que j'ai confié au roi d'Espagne le commandement de mes armées dans ce royaume, que le maréchal Jourdan fera les fonctions de chef de l'état-major et qu'ils aient à se conformer à tous les ordres qu'ils recevraient du roi pour faire marcher les armées dans une même direction. »

Celle dernière phrase ouvre la porte à toutes les résistances; Joseph est désarmé vis-à-vis de lieutenants qui ne lui sont subordonnés que s'ils le veulent bien, et qu'il n'a pas plus le droitde destituer qu'il n'a le droit de changer la composition de leur armée. S'il n'est question dans la lettre ni de Gaffarelli ni de Decaen, c'est donc que l'Armée de Catalogne et l'Armée du Nord sont déjà placées hors de son action. Tout est confus, imprécis, obscur, les points les plus utiles sont laissés dans le vague et l'Empereur aura beau écrire le 3 avril à Berlhier : « Mandez au roi d'Espagne en chiffres que je lui ai confié la direction politique et militaire de toutes les affaires d'Espagne », l'incertitude n'en subsistera pas moins, Joseph n'en sera pas plus respecté et plus obéi, l'insubordination des chefs n'en sera pas moins forte et le désastre qu'amènera un tel commandement n'en sera pas moins certain.

Au point de vue politique, on peut se demander si l'Empereur à subi l'influence des illusions de Joseph on s'il veut paraître la subir; car, en ces aiîaires d'Espagne, on ne parvient d'aucun côté à établir la sincérité des deux interlocuteurs. Joseph a répété sans cesse que, si Napoléon le laissait libre, il se chargeait de pacifier l'Espagne. Il a réclamé, durant son séjour à Paris, « de pouvoir prendre toutes les mesures politiques qu'il jugerait convenables à l'égard des Gortès » ; il a paru assuré que les Espagnols n'attendaient que le moment de la réunion de cette assemblée pour concourir avec lui et leurs représentants à la pacification de l'Espagne ; depuis son retour de Paris, il a, dans chacune de ses lettres, motivé ses plaintes et ses demandes d'argent sur le retard que l'Empereur apportait ainsi à une pacification que souhaitaient les Espagnols las à la fois de la guerre et de l'alliance anglaise. L'Empereur est donc en droit de faire écrire le 15 mars par le duc de Bassano à l'ambassadeur de France : « Le roi doit avoir des moyens de communiquer avec la nouvelle régence de Cadix. La haine pour la France est balancée par la baine pour l'Angleterre,... donc un arrangement est possible. La base en serait simple... » Proposition faite au roi par les Cortès d'adopter la constitution qu'ils ont rédigée, et reconnaissance par eux de la dynastie nouvelle; acceptation par le roi « de cette constitution qui est celle de Bayonne à l'exception de quelques spéculations idéologiques contraires aux mœurs du pays » ; reconnaissance par l'Empereur de l'inté-

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grité de l'Espagne et rappel des troupes en totalité, du moment où la tranquillité serait établie.

En novembre 1810, l'Empereur avait formulé cette dernière proposition ^, mais elle était alors subordonnée à une rectification de frontières, tandis qu'à présent l'intégrité de l'Espagne serait maintenue ; donc il renoncerait même à la Catalogne.

Autre solution, renouvelée de celle que, semble-t-il, Laforèt a préconisée, en août 1811 et que Joseph eût sansdoute été fort tenté d'adopter — sauf amendements — s'il avait eu pourl'exécuter le moyen essentiel qui lui avait toujours manqué : l'argent. Maret propose donc en second lieu : la convocation directe des Cortès par Joseph qui, depuis la prise de Valence, peut réunir les députés des deux tiers de l'Espagne ; l'adoption par ces cortès de la constitution de Cadix plus ou moins modifiée; un appela l'union adressé par les députés des Cortès joséphistes aux députés de Cadix. « Quand on verra, écrit Maret, d'un côté huit cents députés, les armées impériales, les places fortes, et de l'autre les Anglais, acharnés à ruiner l'Espagne, et chez elle, et par l'insurrection de ses colonies, le choix sera bientôt fait. . . Que le roi réunisse donc les Cortès ; après quinze jours ou un mois, lorsqu'ils auront fait un grand nombre de rapports, de discours, une constitution même, puisque telle est la manie des Espapagnols ; lorsqu'il auront envoyé dans les provinces des députations solennelles, pourquoi n'enenverraient-

• Napoléon el sa famille, t. VI, p. 150.

ils pas aussi à Cadix, en Galice, à Alicante, dans tous les pays où l'insurrection existe encore et où le besoin de voir arriver le terme d'une lutte si prolongée est le vœu secret de tout le monde? » Pour préparer l'opinion à la convocation des Cortès, l'Empereur suggère des pétitions adressées au roi par les archevêques, les évoques, les juntes, etc. « Le roi répondra que l'intégrité et l'indépendance de l'Espagne seront assurées, que les troupes françaises se retireront dès qu'on posera les armes, m II profitera du moment et il disposera alors du meilleur instrument qu'il puisse trouver, « une assemblée délibérant, discutant, éclaircissant toutes les questions et portant la lumière dans les provinces, par ses discours, ses adresses et ses députations. »

L'Empereur paraît croire si bien à l'efficacité de l'une ou l'autre de ces solutions que, sans attendre même qu'elles aient été présentées à Joseph, il en fait l'un des objets essentiels d'une communication officielle qu'il charge le duc de Bassano d'adresser, le 17 avril, à lord Castlereagh en vue de rétablir la paix sur le continent et de prévenir la guerre avec la Russie.

Les bases qu'il offre sont les suivantes : Garantie de l'intégrité de l'Espagne par les deux puissances contractantes ; la France renonçant à tout accroissement de territoire de l'autre côté des Pyrénées ; garantie de l'indépendance de la dynastie actuelle avec une constitution nationale des Cortès ; garanties semblables de l'intégrité et de l'indépendance du Portugal

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et de la maison de Bragance ; Naples à Murât ; la Sicile au roi Ferdinand ; évacuation respective du Portugal, de l'Espagne et de la Sicile par les armées françaises et anglaises de terre et de mer. « Quant aux autres objets en discussion, négociation sur cette base : Que chaque puissance gardera ce que l'autre ne pourra lui enlever. »

A l'acceptation de ces offres dont la modération est incontestable, car l'Empereur se trouverait, si elles étaient agréées, abandonner aux Anglais toutes les colonies françaises, la plupart des colonies hollandaises et l'empire incontesté des mers, la présence de Joseph en Espagne met un obstacle insurmontable. Le 23 avril, lord Castlereagh répond qu'il a soumis au Prince régent la lettre du duc de Bassano. « Son Altesse Royale devait à son honneur de demander une explication de ces mois : La dynastie actuelle serait déclarée indépendante et TEspagne régie par une constitution nationale des Corlès. Si, comme Son Altesse Royale le craint, le sens de celte proposition est que l'autorité royale d'Espagne et son gouvernement établi par les Cortès seront reconnus comme résidant dans le frère du chef du gouvernement français et les Cortès formés sous son autorité, et non dans le souverain légitime Ferdinand VII et l'assemblée des Cortès réunis légitimement... il m'est ordonné de déclarer nettement et explicitement à Votre Excellence que des engagements de bonne foi ne permettent pas à Son Altesse Royale de recevoir une proposition de paix fondée sur une telle base ».

L'on s'est demandé jusqu'à quel point l'Empereur était sincère en présentant ces offres à FAngieterre ; sans doute, elles étaient tardives et, dès lors, la querelle avec la Russie paraissait engagée trop à fond pour qu'elle pût être dénouée pacifiquement ; mais, si l'on veut considérer que l'on retrouve ici, à l'égard de la Catalogne, les procédés que l'Empereur mit en jeu, en 1809, lors d'une précédente négociation avec les Anglais, à l'égard du Brabant hollandais; que, dans un cas comme Tautre, il a menacé d'annexer une partie d'un des royaumes feudataires, au cas oij le cabinet anglais se refuserait à traiter ; que de là, avec Louis, il est passé à l'annexion de la Hollande entière et que les Anglais peuvent se demander s'il ne suivra pas ce précédent contre Joseph, la négociation prend un caractère sérieux qui semblerait lui manquer si on considérait isolément les propositions faites.

L'Empereur assurément voudrait, d'une façon ou d'une autre, liquider l'affaire d'Espagne. Il semble admettre comme première base la convocation des Cortès, ce qui constitue une sorte d'appel à la nation pour ou contre Joseph, car l'arme est à double tranchant et les Cortès réunis par Joseph pourraient fort bien proclamer Ferdinand. Ce serait là une solution que Napoléon n'a pu manquer d'envisager. L'autre solution, plus agréable sans doute, mais combien improbable, consisterait dans le groupement de toutes les forces de l'Espagne autour du roi napoléonien, par la fusion des Cortès bourbonniens avec les Cortès joséphistes, ce qui enlèverait aux Anglais le meilleur

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