‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 12 sur 213 · CONFUSION DU TEMPOREL ET DU SPIRITUEL · texte numérisé non relu

CONFUSION DU TEMPOREL ET DU SPIRITUEL

barras devient exlrôme, et le chef d'Elat laïque se trouve acculé à des résolulions qui peuvent sembler des abus de la force, mais qui sont imputables moins à celui qui les ordonne qu'à celui qui les a provoquées.

L'Italie napoléonienne, telle qu'elle fut constituée après l'échec des agressions successives du Piémont, de l'Auhiche et des Deux-Siciles, est coupée en deux par les Etats du Souverain Pontife. Celui-ci, incapable de repousser par les armes, de la part des ennemis coalisés contre l'Empereur-Roi, une descente qui mettrait en péril aussi bien Naples que Milan, s'est refusé à accéder à un traité d'alliance qui seul abriterait ces parties du Grand Empire d'une surprise toujours probable. Il n'a point voulu admettre que ses Etals sont, par leur position géographique, dépendants d'un système politique, qu'ils ne sauraient en être séparés, sous peine de compromettre ce système ou de perdre leur autonomie. La neutralité n'est effective que si la nation qui se dit neutre est en mesure de garantir son territoire contre toute incursion des bellig^érants, ou si les belligérants ont authentiquement déclaré qu'ils s'interdisaient de pénétrer en armes sur le territoire neutralisé. Tel n'est pas le cas. Même neutres — et ils ne le sont pas — les Etats de l'Eglise paralysent la défense de l'Italie. Napoléon obéit donc à une loi de salut qui se serait imposée et qui s'imposera pareille — toute autre considération mise à part — au souverain, quel qu'il soit, de l'Italie unifiée.

La question n'est pas bornée au Pape, elle s'étend au Sacré Collège. Les cardinaux sont-ils les sujets du

souverain clans les Etals duquel ils gouvernent des diocèses? La dignité qu'ils ont reçue du chef de l'Eglise les sousirait-elle à la juridiction de leur souverain territorial? En Fiance, la question a été posée, en dernier lieu, lors de l'arrestation du cardinal de Rolian et, malgré les proteslalions du Saint-Siège, le Roi Très Clirélien Ta résolue en porlant le procès devant le Parlement de Paris. Ce cas n'est pas unique. En 1710, le Parlement de Paris a décrété de prise de corps le cardinal de Bouillon ; antérieurement, les Parlements ont rendu des ai-rêls sans nombre contre le cardinal Mazarin. Si le procès ne fut point fait au cardinal La Balue, Louis XI prit des moyens à lui pour réserver les droits de sa couronne. Une jurisprudence ainsi établie ne laisse point de doute sur la doctrine professée, au moins en France, et, la France s'étendani, la doctrine s'étend avec elle. Partout oii l'Empereur est souverain, soit par lui-même, soit par les rois qu'ils a institués et qui relèvent du Grand Empire, la loi française est en vigueur. Or, le Pape proclame que les cardinaux, sujets de l'Empereur par leur naissance sur le territoire de l'Empire comme par les fonctions épiscopales que la plupart doivent y exercer, ne sont pas justiciables de l'Empereur, mais^ le sont de lui seul ; qu'ils ne peuvent être contraints ni à rentrer dans leur pays d'origine, ni à oecuj)er leur siège épiscopal. Chacun des cardinaux est personnellement trop intéresse à ce qu'une telle doctrine soit imposée aux souverains laïques pour que le Sacré Collège permette au Pape de s'en désister.

LES CARDINAUX d5

Au reste, Napoléon a bien moins comme adversaire Diirnabé Chiaramonli avec qui, général, consul, empereur, il s'est entendu à Imola et à Rome comme à Fontainebleau, que le Sacré Collège, composé d'aristocrates italiens, joignant aux doctrines des Zelanti l'horreur de la France révolutionnaire. Alliés aux oligarques coalisés dans l'Europe entière contre le Corse, les cardinaux, presque tous natifs du royaume d'Italie ou du royaume de Napîes, par là sujets et citoyens du Grand Empire, se considèrent comme hors de la domination impériale, la contestent et la combattent; et combien ils se considèrent supérieurs au parvenu qui a usurpé le trône de France! Le sacre n'y a rien fait : il n'a rien changé à leurs sentiments et le marché qu'a conclu Pie VII eût été meilleur qu'il ne les eût en rien modiflés. C'est là question de lem|»érament, d'origine et d'éducation, question de caste et de robe. Napoléon, par une étrange illusion, croit, ou feint de croire, que son nom, sa noblesse, ses ancêtres florentins, l'agrègent, lui et les siens, aux grandes maisons romaines : on y priserait davantage un étranger nettement plébéien.

Se tenant pour romains quoique nés en toutes les parties de l'Iialie, les cardinaux n'ont jamais vu d'un bon œil que le gouvernement de l'Église universelle ne fût point exclusivement réservé aux Romains; pour conserver les revenus et les biens de l'Eglise, ils ont dû admettre dans leur collège quelques uns des prêtres catholiques qu'ils appellent les étrangers, mais ils

n'ont eu garde de partager avec eux leurs fondions, de les introduire dans leurs conseils, de les initier à ce qui n'est point chez eux de parade, de poni[)e et d'ostentation. La proportion de ces étrangers a été calculée de façon qu'en aucun cas, lors d'un Conclave, leur faction ne diminuât les prétentions des Roinains, moins encore ne compromît leur puissance. Les souverains catholiques se sont contentés de cette représentation dérisoire, à cause des emharras que leur eussent causés les cardinaux nationaux, des moyens d'action qu'ils savaient se ménager sur les cardinaux italiens, de l'influence que leur assurait la disposition des Bénéfices. Ainsi ont-ils tempéré les ardeurs des Zelanti et ont-ils opportunément détourné sur un pape transigeant les bulletins sacrés. A présent, le Gouvernement français a perdu ce moyen décisif d'influence. Il est réduit, au cas d'un Conclave, aux voix de ses cardinaux nationaux ; pour empocher l'élection d'un pape qu'il jugerait ennemi, il est acculé uniquement à un droit d'exclusion qui, toujours confesté et toujours subi par contrainte, ne s'exerce que sur un seul sujet et, par là, ne sauvegarde aucun principe, ne prévient aucune cabale et se réduit à une persécution contre une personnalité notoire au profit d'une médiocrité inconnue.

Cette situation devient bien plus étrange par l'extension qu'a prise le Grand Empire et par l'hostilité que lui déclarent les cardinaux nés dans rEm|»ire, évêques dans l'Empire, par suite doublement sujets de l'Empereur, qui constituent l'immense majorité du

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