JEROME. — ÉTAT DE LA WESTPHALIE
Grande Armée, y passe ou y stationne. Les troupes françaises s'accroissent constamment, et, si le major général persiste à envoyer des soldats, le ministre du Trésor, malgré les promesses de l'Empereur, persiste à ne pas envoyer d'argent. Tout ce que reçoit Jérôme, c'est un quitus de 2 494 750 francs, restant dus, sur l'année 1811, pour la solde des 12 500 hommes de troupes françaises. Le pays, tout entier occupé, est exploité à miséricorde. Point de justice contre les Français. Si des rixes s'élèvent entre soldats et bourgeois, ceux-ci ont tort, quoi qu'ils aient subi ou souffert. Magdeburg est en état de siège. Les jugements rendus par la Cour criminelle westphalienne sont cassés ; il faut des commissions militaires françaises. Brunswick, où un cuirassier à été tué par un bourgeois qu'il attaquait, est, sur l'ordre de Davout, envahi par cinq mille hommes et douze cents chevaux, qui y vivent à discrétion sur les habitants. Les généraux Saint-Germain, La Ville et Bruneau ont vainement présenté des rapports contraires : Davout « met la ville à exécution » sur la délation « d'un homme âgé, calme, dans la véracité duquel il a lieu de mettre toute confiance », et qu'il ne nomme même pas. Sur les dires du prince d'Eckmûhl, l'Empereur s'enflamme, il menace d'un châtiment inédit : « déclarer la ville de Brunswick hors de sa protection impériale. Il en fera un exemple si sévère que les enfants des habitants s'en souviendront encore dans cent ans. »
Parti de Brunswick, il généralise : « Toute insulte
à ses soldats dans le territoire de la Grande Armée sera déférée à une commission militaire française. »
Jérôme ne proteste plus ; il ne s'indigne pas même. Il est tout entier aux préparatifs de sa campagne, tout aux conquêtes qu'il va faire, et à la couronne qu'il ne manquera pas de recevoir. Il doit, pour représenter dignement et se mettre à l'unisson de l'Empereur, chercher de l'argent, épuiser les suprêmes ressources. L'Empereur envoie en avant une brigade de trente-cinq chevaux de selle, et, écrit Catherine, «quatre cents valets de pied et domestiques de sa maison et dix à douze femmes de chambre ». On raconte qu'il y a des voitures chargées d'argenterie, de vermeil, de porcelaine. On parle de cent jardiniers et de deux cents paveurs qui suivront le camp impérial. L'Empereur n'a-t-il pas dit : « Si on croit que je vais faire la guerre comme autrefois, on se trompe. Je veux que mon quartier général soit comme à Paris. » Et on dit que le prince de Neuchàtel aura trente fourgons pour lui seul. N'est-ce pas là un bel exemple à montrer à un roi qui déjà — la campagne de 1809 l'a prouvé ■ — n'a pas besoin d'être excité au luxe et aux prodigalités. Tout est donc en mouvement; la Cour entière apprête des uniformes qui remplaceront les costumes civils ; tout est aide de camp, officier d'ordonnance, maréchal des logis, gouverneur des châteaux en Espagne ou en Pologne ; les brigades de selle et d'attelage s'organisent, les voitures sèchent leur vernis neuf, les revues se passent, et toujours dans la fièvre, car l'Empereur est pressé.