VII
généraux ; — il entre dans tous les détails et remanie de fond en comble l'organisation de l'armée westphalienne pour la rendre maniable à la guerre. Jérôme n'objecte rien, semble ravi de tout et lorsque, le 8 mars, il reçoit, de l'Empereur, l'invitation de venir de sa personne à Paris, « incognito et avec très peu de monde », c'est une joie délirante.
Il part aussitôt; il emmène très peu de monde, seulement son ministre des Affaires étrangères, son grand maréchal, son premier écuyer, un médecin, un maître d'hôtel, deux valets de chambre, un courrier et un valet de pied. Il arrive le 13, descend aux Tuileries où, avec toute sa suite, il est logé dans l'appartement du second étage, au pavillon de Flore. Il reçoit, de la Maison de l'Empereur, services de bouche, de chambre, d'écurie, point de service d'honneur, ce dont on s'excuse sur le peu de temps qu'il restera à Paris. Jamais tel accueil, même en 1807. Et, tout de suite, la grande nouvelle : Il aura le commandement en chef de l'aile droite de la Grande Armée : plus de 80 000 hommes, les Polonais (5® corps) que commande le prince Ponialowski (40 000 hommes), les Westphaliens {&'' corps) que commande Vandamme (20 000), les Saxons {T Corps) que commande Reynier (24000). C'est l'armée qui, concentrée à Varsovie, devra défendre le grand-duché du premier choc des Russes.
L'Empereur a-t-il donc tout oublié de cette campagne de 1809 où si cruellement il a repris son frère? i*rétend-il récompenser en lui une obéissance qu'il n'a trouvée pareille chez aucun des siens? Ou bien.
JEROME. — CANDIDAT AU TRONE DE POLOGNE 29d
ayant formé le dessein d'un remaniement total de l'Allemagne, par quoi la Westphalie et Berg doivent disparaître, prépare-t-il, pour son frère de prédilection, un établissement nouveau, bien plus somptueux, dans la Pologne rétablie ? A la fois sans doute ces deux dernières raisons, et l'assurance qu'il a prise, une fois pour toutes, que Jérôme, étant son frère, est égal à toutes les destinées, que ses fautes de 1809 ont été péchés de jeunesse — comme tous les autres qui précèdent — et qu'il brûle de les réparer; que ses défauts mêmes lui serviront près d'un peuple léger, dissolu et vain; enfin, que cela l'arrange.
Dès lors, et malgré les concurrents qui se croient des droits acquis à la couronne de Pologne, Jérôme prend l'attitude du candidat de l'Empereur.
Le roi de Saxe a été appelé, par l'article V du traité de Tilsit, à posséder, en toute propriété et souveraineté, sous le titre de duché de Varsovie, « les provinces qui, au P" janvier 1772, faisaient partie de l'ancien royaume de Pologne et qui ont passé depuis, à diverses époques, sous la domination prussienne » ; il a été confirmé dans cette possession par le traité de Vienne, par lequel il a acquis la Galicie occidentale, la ville de Gracovie et la moitié des salines de Wielicka qui lui rapportent chaque année plus de six millions de francs. Il est le souverain traditionnel, désigné par l'Empereur, reconnu par l'Europe : il a été pour la France depuis 1807 un allié fidèle et un auxiliaire précieux.
Le prince Poniatowski, l'homme de la nation, a.
dès 1807, organisé une armée à la tête de laquelle il a brillamment combattu en 1809 et qu'il a menée alors à de nobles conquêtes. Malgré les déceptions d'une paix où il a pu trouver les intérêts de sa patrie sacrifiés par l'Empereur à la douteuse alliance des Russes, il s'est consacré à accroître les forces militaires qu'il a portées à cent mille hommes. Il serait sans contredit l'élu du peuple, si le peuple était consulté.
Murât s'imagine avoir des droits sur la Pologne, parce que, dix ans auparavant, lorsqu'il est entré en éclaireur à Varsovie, quelques gentilshommes pressés lui ont parlé d'en être roi ; que, depuis lors, il s'habille à la polonaise, et, sous le ciel de Naples, se coiffe d'un sczapka, se vêt d'une houppelande fourrée et se chausse de bottes rouges. Malgré ses caresses aux Polonais russifiés qui ont voyagé sur ses terres, malgré ses prétentions à parler polonais et ses succès équestres, ilne compteraitpointsil'on ne devait penser que l'Emporeur, ayant quelques projets sur Naples, devra pourvoir d'abord à établir Caroline.
Eugène encore est, dit-on, candidat, mais malgré lui. «Une seule chose ne me ferait pas rire du tout, écrit-il à Lavallette : ce serait celle qui pourrait appeler stablement ma chétive personne en Pologne. On a répandu ici ce bruit et je t'assure qu'il me fait une véritable peine. » A sa femme il écrit de Paris : « On assure que le roi de Westphalie pourrait bien devenir roi de Pologne. Je te cite particulièrement cette nouvelle parce que tu sais combien je serai enchanté qu'il n'y