JEROME- — BAGAGES DE CAMPAGNE
Pages. Marché conclu avec la mère : durant que M. Alexandre, qu'on prétend « ignorer ces turpitudes », est nommé receveur général du département de la Fulde, ce qui ne doit pas Tétonner peu, M"" Alexandre est mariée pour la forme à M. Escalon, qui est chef du premier bureau au ministère de la Guerre, et qui, au sortir de l'église, partira pour prendre possession de l'emploi lucratif de directeur des postes de l'Armée, durant que son épouse improvisée, sous les auspices de M. le baron de Marinville, chambellan et maître de la garde-robe de Sa Majesté Weslphalienne, attendra à Glogau avec les sept services de voiture et les huit services de selle, qu'il plaise au roi de l'appeler.
Ces préparatifs achevés et la régence confiée à la reine, Jérôme est si empressé de rejoindre son quartier général oii il trouvera, en outre, le général Marchand et les généraux employés à l'aile droite, que devançant de cinq jours l'époque fixée par l'Empereur, il se met en route pour Glogau dans la nuit du 5 au 6 avril.
Selon les ordres, il devait y être le 10 et le 12 à Kalisch. Ostensiblement, il n'aura de commandement que sur son corps d'armée, point sur les Polonais, ni les Saxons ; mais, si les Russes, déclarant la guerre, attaquent le duché, il se rendra aussitôt à Yarsovie, communiquera au prince Poniatowski et au général Reynier les ordres non cachetés qu'il a en mains et prendra la direction de l'aile droite. Au cas où rien ne porterait à penser que les Russes dus-
sent attaquer, il pourra, après avoir bien établi son contingent et avoir pourvu à son approvisionnement, se rendre très incognito à Gracovie, où il visitera la citadelle et reconnaîtra les différentes situations de la rivière, de là à Sandomir et aux mines de Wielicka. « Les connaissances locales que l'on prend soi-même sont toujours bien précieuses », lui écrit l'Empereur, et il ajoute : c Tâchez de bien garder l'incognito et qu'on ne sache que c'est vous qu'après que vous serez parti. »
Il y a bien à dire contre cette reconnaissance opérée au travers des Etats d'un souverain allié, par celui qui, tout à l'heure, va commander ses troupes, et qui est destiné à prendre sa place, mais, par là, le plan de l'Empereur achève de se dessiner. Jérôme ne s'arrête point aux fadaises et en adopte l'idée avec joie. Sans plus s'inquiéter de ses troupes dont les subsistances, à Kalisch, sont si peu assurées qu'elles consomment les grains de semaille et les bœufs de labour, dès qu'il a reçu la lettre de l'Empereur, il se met en route le 22 à cinq heures du matin. C'est une joyeuse partie. Le roi, pour la circonstance, s'appelle le général de division Bruyère. Furstenstein, Gbabert, le prince de Salm, le baron de Sorsum ont pris l'incognito, comme si leur nom n'y suffisait pas : jusqu'à Garnier, le chirurgien qui voulait se débaptiser. Le roi l'en a dissuadé, « l'histoire moderne étant, lui a-til dit, peu connue des Polonais ». Quelques domestiques sur le siège ou courant à cheval; point d'escorte. Le matin du 23, on arrive à Gzestochowa « qui
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passe pour une forteresse ». Pour la prendre, dit le roi, « je ne ferais autre chose qu^abattre l'église dans la place qui se trouverait comblée ». Gela fait rire. De là, à Sievers, cette terre que l'Empereur donna à Lannes, « un château assez beau en apparence, mais où l'on ne trouve pas même de la bonne eau; bien entendu, ni lits, ni vins, « choses chez nous indispensables, mais ici absolument du plus inutile luxe ». De Sievers à Gracovie à cheval, vingt-trois lieues en six heures, « sur des chevaux tellement grands que mes pieds, écrit Jérôme, traînaient par terre, mais n'importe, c'est le cas de dire que ce n'est pas le plus mauvais qui est le plus petit. Du reste, Furstenstein, Ghabert étaient si près de leur peau qu'il n'en restait plus ». A Gracovie, à peine une soirée, assez pour une aventure avec une comtesse d'occasion, et, le 25, aux mines de sel dont le baron de Sorsum — Bruguière en son nom et poète comme on sait — se charge de faire une description en vers. A la sortie des mines, chute de l'incognito. « Un nègre de Saint- Domingue assure avoir servi le roi dans ce lointain pays, il y a dix ans. » Reconnaissance et largesses. Le 26, on repart à cheval et, à Pétrikau, Jérôme trouve un ordre de l'Empereur prescrivant la concentration immédiate sur Varsovie : il en conclut qu'il prend le commandement et, de Wolborg, avise Poniatowski, Reynier etLa Tour-Maubourg. Gelui-ciavec le 4^ corps des réserves de cavalerie, fait aussi partie de l'aile droite.
Ge que son armée est devenue pendant qu'il cou-
rait la poste fait le moindre de ses soucis. Le 23, pourtant, Vandamme lui a écrit : « Nos maux vont en augmentant; notre position devient de plus en plus difficile ; le pays entier est dans la disette. Plus nous approchons de la Vistule et plus notre situation empire. Déjà des halDitants meurent de faim, d'autres se nourrissent de glands... » Il n'en a pas moins pris du bon temps, mais, à peine revenu, le goût qu'il a d'ordonner se réveille. En son absence, Marchand son chef d'état-major, a prescrit à Vandamme de cantonner, la droite à Pilawi, la gauche à Pilika, de façon à former Textrême droite de l'armée ; le 30, contre-ordre expédié directement par Jérôme : la droite devra être à Warka, la gauche à Villanova. « Vous commencerez votre mouvement le deuxième jour de mai. Vous ne devez point faire de marche forcée ; les gardes du corps et les chevau-légers lanciers dé la garde devant rester avec moi à Varsovie où je serai le 2 mai, le général Wolff recevra désormais les ordres de moi directement. Vous devez l'en prévenir... » Tel est le ton : il ne souffre pas la réplique. Vandamme pourtant présente respectueusement ses observations. Selon les instructions qu'il a reçues de Marchand, la répartition des troupes a été faite, les ordres de mouvement sont expédiés, les subsistances sont assurées; tout ce travail devient inutile et « rien ne jette le découragement et la négligence parmi les troupes comme cette incertitude sur les ordres qu'elles ont à exécuter ». Colère de Jérôme; il n'admet pas qu'on discute, mais qu'on obéisse :