JEROME. — SES ORDRES
Vandamme obéit, mais la Iroupe, ne recevant aucune distribution, pille le pays aux alentours.
Il y a bien un ordonnateur en chef : un sieur Dupleix qui était, à Gassel, chef de la division du matériel au ministère de la Guerre et inspecteur aux revues, mais, outre qu'il ne connaît rien au métier, il ne quitte pas le roi, il fait figure à sa cour et ignore qu'il a une armée à nourrir. Vandamme lui écrit rudement le 3 mai : «Je suis étonné de ne pas vous voir encore arrivé ici... Toute l'administration reste tranquille au moment où nous sommes dans les transes les plus cruelles. Les généraux, les officiers font le métier des administrateurs et ce n'est que par des mesures illégales et souvent peu certaines qu'ils cherchent à nourrir leurs troupes. » Mais Jérôme couvre Dupleix qui n'en fait ni plus ni moins ; il charge Furstenstein, son ministre des Affaires étrangères, de signifier à Vandamme qu'il trouve ses réclamations déplacées. Et, tout à l'heure, Berthier annoncera au même Vendamme l'extrême mécontentement de l'Empereur sur les excès commis par les troupes du contingent de S. M. le roi de Westphalie dans tous les lieux oii elles ont passé ; tout à l'heure, l'Empereur commandera au même Vandamme de rétablir l'ordre, de faire fusiller les soldats, de renvoyer en Westphalie les officiers coupables de pillage. Qu'y pouvait Vandamme?
Si tels sont les procédés du roi pour faire vivre les troupes, ceux qu'il emploie pour les inspecter sont de même ordre. Par une lettre du 17 mai, l'Empereur
lui a reproché de n'avoir pas encore envoyé ses observations sur Modlin ; il lui a recommandé de se rendre de sapersonne àPulstuckpourvoirle pays, et constater si la manutention existe encore, à Sierock pour examiner les ouvrages commencés, à Ostrolenka pour vérifier s'il y a des ponts et dans quel état sont les anciens ouvrages de campagne qui y ont été exécutés en 1807, de se remuer enfin et de se donner du mouvement: Jérôme, alors, imagine une tournée générale dans toute l'étendue de son armée, mais il n'y donnera pas plus de deux jours et il entend revenir coucher à Varsovie. Alors, aux relais qu'il marque, on devra rassembler « quarante des meilleurs chevaux de trait des environs qu'on fera demander chez les seigneurs pour être attelés et conduire les six voitures du roi» ; làoii il n'y aura ni seigneurs ni chevaux, on prendra, pour relayer les voitures, trente-six chevaux d'artillerie, et, pour monter les courriers ou écuyers de Sa Majesté, six chevaux de troupe ou de paysans. A chaque relai, escorte de cinquante hussards. Et ainsi, sans arrêter nulle part, Jérôme pourra dire qu'il a vu tous ses soldats.
A Varsovie, bien que s'étant logé par discrétion au palais de Briihl et non au palais du roi, Jérôme « joue à la couronne comme lesenfants jouentàla Madame. » L'étiquette dont il s'entoure est aussi sévère qu'au palais de Cassel, et les entrées y sont aussi strictement réglées. Sa Majesté a daigné accorder les grandes entrées aux ministres polonais, au grand écuyer Alexandre Potocki, au grand porte-glaive