‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 126 sur 213 · JÉRÔME. — A VARSOVIE · texte numérisé non relu

JÉRÔME. — A VARSOVIE

prince Sapieha, au maréchal de la Cour Malachowski, au résident de France et au préfet du département, mais il entend qu'on profite de cette faveur. Il a annoncé qu'il tiendrait cercle et que les dames pourraient lui être présentées : il en vient quelques-unes, mais peu, et elles ne reviennent pas ; il a pensé à des bals, mais l'étiquette l'a arrêté. Il s'est rabattu sur des dîners qui sont ennuyeux, et, las alors de la société, il s'en est si bien consolé, « dans un pays où la beauté des femmes n'est ni rare, ni exclusive, » qu'il renvoie M™^ Escalon à Gassel oij on la voit revenir avec étonnement, et que les dames qui ont refusé de paraître à son cercle s'indignent « sur les créatures qu'il admet à son intimité ».

Des légendes se forment sur le bain de rhum qu'il prend le matin et le bain de lait qu'il prend le soir, sur l'indicible élégance de ses dessous qu'il ne met qu'une fois, sur son extraordinaire prodigalité qui, à des jours, tourne court. Ainsi s'est-il fait présenter le centenaire polonais, Narocki, qui passe pour avoir cent vingt et un ans et demi, et auquel l'Empereur a assigné en 1807 une pension de 2000 francs : il l'a regardé, l'a fait causer, et l'a congédié sans lui rien donner.

Pour occuper les heures qu'il ne peut plus agréablement employer, le roi fait chercher M. de Pradt, l'archevêque de Malines, qui est à Yarsovie comme ambassadeur de l'Empereur, et, durant de longues heures, suivant une habitude qu'il tient de famille, il se promène de long en large dans les salons, en par-

lant. Il parle beaucoup, et l'étrange confident qu'il a pris, harassé de fatigue après ces audiences marchées de quatre heures, le jalouse de parler plus que lui. Il se venge en écrivant : « Ses causeries sont éternelles et presque toujours très vides... Grand enthousiasme pour son frère ; j'ai vu dominer en lui l'attachement pour sa femme et sa famille; son ambition me parut ardente; il aspirait au trône de Pologne et me disait un jour en parlant du roi de Saxe : « Ce pauvre roi ! Il croit que cela est pour lui ! » Il s'exprimait mal sur le compte des Polonais qu'il traitait de Gascons et de pauvres gens. Il se félicitait d'avoir fait un coup de maître, tant la vanité s'en prend à tout, en évitant de se loger au palais du roi, dont il aurait eu dès lors l'air de prendre possession. «Tout cela au fond n'est point grave. « Avec un degré de légitimité de plus et un degré de puérile vanité en moins, Jérôme eût passé pour un prince distingué », mais l'idée qu'il a de luimême gâte tout.

Lorsqu'il suspend avec de Pradt, c'est, à défaut d'interlocuteur, pour dicter, toujours en promenant, des lettres de premier mouvement où il commande, réprime, invective, de ce ton qu'il croit royal, aussi bien Yandamme que Reynier ou Poniatowski, ou Davout ou Eugène. Il se donne tort, même s'il a raison et s'attire ainsi, de Dresde, ce premier coup de fouet de l'Empereur : « Je lui ai dit avant de lui donner un commandement : Si c'est comme roi que vous voulez aller à l'armée, vous pouvez rester à la maison. Pourquoi venait-il donc? 11 n'avait qu'à rester chez lui. »

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