JÉRÔME. — A GRODNO
l'on viole toutes les formes et les convenances. Polonais et Westphaliens s'en plaignent et personne ne semble en avoir averti Votre Majesté. J'y suis donc obligé autant par mon devoir que par mon attachement à votre personne. Je prie Votre Majesté de se pénétrer de notre situation : Elle y est doublement intéressée et il n'y a plus de temps à perdre. Les résultats les plus afTreux ne peuvent que naître d'un désordre aussi inouï. » Vandamme s'est mis en mauvaise posture en dénonçant Dupleix après AUix : crime de lèse-majesté, le roi le lui fait voir : « Je reçois votre lettre d'aujourd'hui. Dans ce que vous appelez désordre, je ne vois au contraire que l'établissement régulier des mesures que j'ai prescrites... En conséquence, d'après votre lettre, comme je ne changerai rien à l'ordre établi, vous êtes autorisé à vous rendre à Varsovie oii vous attendrez les ordres de Sa Majesté l'Empereur auquel j'envoie votre lettre en lui rendant compte de ce qui se passe. Vous remettrez le commandement au général Tharreau auquel je viens d'expédier l'ordre de le recevoir de vous. » Pourtant, il faut donner une tournure à ce départ et cela se fait au moyen des antécédents qu'on attribue à Vandamme : « J'ai été obligé, écrit Jérôme à la reine — • et sans doute en écrit-il autant à l'Empereur — d'oter à Vandamme le commandement du 8" corps ; il en faisait de toutes les couleurs, pillant, volant, donnant des soufflets, des coups de pied à tout le monde. C'est incroyable la haine que son nom inspire dans le pays. Les habitants en ont une frayeur inconcevable.
Je présume que l'Empereur le renverra chez lui ou lui donnera un commandement sur les derrières ».
Outre cette occupation d'arranger la vérité, et on voit qu'il y excelle, il a celle de paraître à des dîners et à des bals, et celle plus agréable sans contredit de rendre hommage à la beauté polonaise. D'ailleurs, il prétend tout mener, tout conduire, voir de haut les opérations et, non content de ses quatre corps d^'armée, il entreprend sur Schwarzenberg auquel il expédie des ordres du ton royal qu'il a adopté, mais l'Autrichien répond à Marchand sur le mode ironique : « Je suis charmé de voir que Sa Majesté le roi semble approuver les mouvements que j'ai fait faire à mon corps d'armée », et il ne se donne pas même la peine de cacher son dédain paur les conceptions stratégiques de Jérôme.
L'Empereur s'agace, s'énerve, et peu à peu monte le ton. Le 3 juillet, il fait écrire par le major général : « L'Empereur a vu avec peine que le prince Poniatowski n'ait pas marché à la tête des troupes qui ont été à Grodno. Gela ne regardait pas le général Allix. L'intention de Sa Majesté est que chacun commande ses troupes; en agissant différemment, on établit un esprit de jalousie qui ne peut que nuire aux opérations. »
Le 4, il écrit lui-même : « J'ai reçu votre courrier parti de Grodno à 4 heures du soir. Son arrivée m'a été extrêmement agréable, espérant que vous auriez envoyé au major général des nouvelles du corps de Bagration, de la direction qu'a prise le prince Ponia-