‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 131 sur 213 · JEROME. — LETTRES IRRITÉES DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

JEROME. — LETTRES IRRITÉES DE L'EMPEREUR

towski et des mouvements de la Volhynie. Quel a été mon étonnement d'apprendre que le major général n'avait reçu de vous qu'une plainte contre un général! Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement du peu de renseignements que je tire de vous... Il est impossible de faire la guerre ainsi : vous ne vous occupez, vous ne parlez que de babioles et je vois avec peine que tout est petitesse chez vous. » Il ajoute de sa main : « Vous compromettez tout le succès de la campagne de la droite. Il est impossible de faire la guerre ainsi. »

Le 5, le mécontentement de l'Empereur s'est encore accru : « Vous ferez connaître au roi de Weslphalie, écrit-il au major général, que je suis extrêmement mécontent qu'il n'ait pas mis toutes ses troupes légères sous les ordres du prince Poniatowski aux trousses de Bagration pour harceler son corps et arrêter sa marche; qu'arrivé le 30 à Grodno, il devait attaquer sur-le-champ l'ennemi et le poursuivre vivement. Vous lui direz qu'il est impossible de manœuvrer plus mal qu'il ne l'a fait... que, pour s'être éloigné de toutes les règles et de ses instructions, il fait que Bagration aura tout le temps de faire sa retraite et qu'il la fait à son aise; ... que le prince d'Eckmûhl est, aujourd'hui 5, avec une partie de son corps aux environs de Wologin, mais ne sera pas assez fort pour arrêter Bagration, puisque celui-ci n'est gêné par rien. Mandez donc au roi qu'il donne ordre sur-lechamp au prince Poniatowski de partir avec sa cavalerie et tout ce qu'il aura de disponible, pour se mettre

aux trousses de Bagration. Vous lui direz que tout le fruit de mes manœuvres et la plus belle occasion qui se soit présentée à la guerre ont échappé par ce singulier oubli des premières notions de la guerre. »

Le 6 enfin, la mesure est comble. L'Empereur comprend qu'à laisser aller ainsi Jérôme, il ne manquera pas seulement la première partie de la campagne, mais la campagne entière; « il ordonne qu'en cas de réunion des 5®, 7^* et 8^ corps et du 4" des réserves de cavalerie avec le corps commandé par le prince d'Eckmiihl, le commandement général soit déféré au prince d'Eckmiihl comme au plus ancien général ». Toutefois, tant il pousse loin les ménagements vis-à-vis de son frère, il prend des précautions : Davout tiendra cet ordre secret; il n'en fera usage qu'en cas de réunion au corps du roi de Westphalie et « si le bien du service l'exige ».

Ce même jour, 6 juillet, à cinq heures du matin, le roi, fort guilleret, a quitté Grodno. « Ces quelques jours n'ont fait de mal à personne », écrit-il à la reine, et le contentement qu'il éprouve ne saurait manquer d'être partagé : « L'Empereur est entré à Wilna, dit-il, le même jour que je suis entré à Grodno. Ainsi, il ne pourra qu'être, je l'espère, satisfait de son aile droite. »

On a vu comme il l'était. Pour innocenter Jérôme, on a écrit, en son nom, qu'un grand orage, survenu le 29 juin, avait rendu les routes impraticables, que les subsistances manquaient et que les troupes étaient fatiguées. Que Jérôme ne se souvenait-il alors de ce

Page 1