‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 132 sur 213 · JÉRÔME- — SA JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

JÉRÔME- — SA JUSTIFICATION

qu'il écrivait le 10 mai 1809 au général d'Albîgnac, envoyé par lui à la poursuite de Schill : « Des troupes sont-elles jamais fatiguées lorsqu'il s'agit de poursuivre l'ennemi? Le premier principe à la guerre est de toujours attaquer. Si vous et le général Gratien aviez fait douze et quinze lieues par jour au lieu de n'en faire que cinq à six, pas un homme de la troupe de Schilln'eùt échappé. » Sans doute; mais alors il commandait, à présent il exécute. Si ses soldats ne peuvent marcher, comment font ceux de Bagralion et de Davout? En admettant, par impossible, qu'il eût été arrêté le 1®'', le 2, même le 3, que ne marchait-ille 4, oii il a mis le 5® et le 8^ corps en route sur Nowogorodek ; que ne marchait-il le 5, où l'on a prétendu qu'il avait établi son quartier général à Skidel, alors que l'on a une lettre de lui datée de Grodno, le 6 à trois heures du matin? En réalité, il a quitté Grodno le 6 à cinq heures du matin et toute l'excuse qu'il trouvait alors à ces six jours de retard, il ne la tirait ni de « l'épouvantable orage », ni d'une prétendue marche rétrograde qu'il aurait dû ordonner aux troupes parties dès le l^"", mais de la fatigue, des temps et des chemins affreux. « Les troupes, écrivait-il, ne sont arrivées que les 1% 2 et 3. . . J'ai dû leur donner le 4 pour se reposer. Le 5 on s'est mis à la poursuite de l'ennemi. » Et, tant il compte sur l'indulgence habituelle de son frère, qu'il ajoute, d'un ton léger : « L'avenir réparera le passé, si j'ai fait une faute. »

Mais l'Empereur ne badine pas à la guerre. Il lui doit tout, mais il lui donne tout, son génie, son acti-

vite, son sommeil, ses repas, son bien-être : Rien ne compte pour lui dès qu'il est en opérations; il traite tous les détails sérieusement; il subordonne tout au but ; il est soldat, parle, agit, vit en soldat. Les façons de son frère, si loin des siennes, vont à rencontre de ce qu'il tient pour le devoir nécessaire, l'obligation primordiale : celle d'être victorieux et de tout faire pour l'être, et il reprend alors Jérôme avec une sévérité qui ne lui passe plus rien. « Votre Majesté, lui fait-il écrire le 7 par Berthier, parle de deux séjours à donner à ses troupes quand il s'agit d'aller à marches forcées, puisqu'on est aux mains... Sa Majesté ne trouve pas vos lettres d'un style assez militaire. Sa Majesté n'y peut puiser aucun renseignement. » Pour Reynier, le roi a violé « ses instructions générales » ; pour Poniatowski, il ne l'a pas fait marcher; la route qu'il a prise est mauvaise. « Les deux ou trois jours que les troupes de Votre Majesté ont perdus ont peut-être sauvé Bagration. »

Le 8, il écrit lui-même : « Il résulte des renseignements du prince d'Eckmûhl que Platow, après avoir marché sur Iwié, faisait sa retraite le 6 au soir sur Nicolaïew ; que la cavalerie ennemie qui était à Kamen paraissait également en retraite; que, si vous aviez eu les premières notions de ce métier, vous auriez été le 3 au même lieu où vous étiez le 6, et bien des événements, résultats des calculs que j'avais faits, m'auraient fait une belle campagne. Mais vous ne savez rien, et non seulement vous ne consultez personne, mais vous vous laissez guider par de petits

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