JÉRÔME. — IL ABANDONNE L'ARMÉE
avec une division de cavalerie légère;... que, de sa personne, il devait être à l'avant-garde, que rien no remplace le chef; que ce n'est pas ainsi qu'en agissent les commandants des autres corps... » Un réquisitoire, oij chaque phrase nette, brève, coupante, faisant le bruit d'un battement de fer, notant comme l'aller et venue d'une dictée fiévreuse, atteint plus sûrement, plus profondément que la période de reproches injurieux, se terminant par une absolution finale — mais au moment où Jérôme reçoit cette lettre, il a trouvé le prétexte qu'il attendait et il s'est démis de son commandement.
Le 12, à deux heures, il est arrivé à Mir; il a, sur-lechamp, porté en avant toute sa cavalerie qui, refoulant l'arrière-garde russe sur Neswij, l'a suivie et est entrée après elle. Annonçant ce mouvement à Davout, avec qui il communique pour la première fois, il a cru bon de lui sug'gérer ses opérations ultérieures : « Si comme je n'en doute pas, mon cousin, lui a-t-il écrit de Mir, le 12, à neuf heures du soir, vous vous portez sur Bobrouisk, Bagration n'aura plus d'autre retraite que sur Pinsk et la Volhynie. Dans le premier cas, il trouvera les Autrichiens et les Saxons qui arrivent à Slonim ; dans le second, je le poursuivrai, sachant que je suis soutenu par vous, de manière à ce qu'il ne puisse échapper... Soyez persuadé, mon cousin, que des troupes sous mes ordres ne négligent ni marches, ni rien de tout ce qui peut assurer le succès des armes de l'Empereur. J'attends de vos nouvelles à Nesvij^ »
* Les Mémoires du Roi Jérôme datent faussement du 13 et de Nesvij,
318 NAPOLÉOiN ET SA FAMILLE
En réponse, le 14, dans l'après-midi, Jérôme reçoit cette dépêche de Davout : « J'ai Tlionneur de vous adresser une lettre que le major général m'a envoyée pour vous être remise, dans le cas où notre jonction aurait lieu. J'y joins copie de l'ordre qui accompagnait la lettre du major général. L'intention de Sa Majesté l'Empereur et Roi, mon maître, a été, en me donnant la direction des troupes de Votre Majesté, qu'il y ait de l'ensemble dans les opérations contre l'ennemi. Les sentiments qui nous animent pour votre auguste frère, mon maître, et le respect que j'ai pour Votre Majesté doivent garantir l'Empereur qu'il y aura le plus grand concert dans les opérations contre ses ennemis. » Suivent les ordres, courtoisement énoncés, mais formels.
Loin d'adoucir, cette lettre aggrave l'ordre donné par l'Empereur ; aussi Jérôme bondit au coup de fouet ; il écrit directement à son frère une dépèche assez calme où il lui annonce que « c'est sans aucune espèce d'humeur contre ce qu'il éprouve qu'il a pris la résolution de ne servir sous les ordres d'aucun autre », que l'altercation qu'il a eue précédemment avec le prince d'Eckmùhl a été rendue trop publique pour que sa position ne fût pas humiliante s'il servait
cette lettre dont ils donnent seulement l'analyse et le commentaire. Les biographies de Davout sont muettes sur l'incident comme sur un incident antérieur que j'ai vainement cheiché à relever, mais qui fut de moindre conséquence : la Correspondance du maréchal Davout date du 25 juillet l'accusé de réception de l'ordre de l'Empereur en date du 6, ([ue le maréchal a communiqué à Jérôme le 14 au plus tard. Tout ce détail n'a pu être utilement débrouillé que par la publication de L. G. F. Campagne de Russie 1812, Paris 1900, 8».