JEROME. — EFFORTS DE DAVOUT
il a exposé à Jérôme, avec des ménagements infinis, le plan qui résulte des ordres généraux de l'Empereur.
Mais Jérôme était déjà à • Turczec lorsqu'il a reçu cette lettre : ila répondu : «Attaché à l'Empereur par les liens de la reconnaissance, encore plus que par ceux du sang et du devoir, je me fais un bonheur de servir sous ses ordres et j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour satisfaire Sa Majesté ; mais, dans ma position, soit comme commandant de l'aile droite, soit autrement, il était aisé de prévoir que je ne me mettrais sous le commandement de qui que ce soit, excepté l'Empereur. Sa Majesté, qui sait si bien apprécier les hommes, vous accorde une confiance que vos talents et vos services justifient, mais, comme je vous le disais, mon cousin, que ce soit vous ou un autre, la question restant toujours la même, je n'ai pu faire que ce que j'ai fait. »
Les lettres que Davout lui a adressées le 16, plus pressantes encore ne pouvaient produire aucun effet puisque Jérôme continuant sa marche rétrograde, s'éloignait rapidement du théâtre des opérations. 11 était de plus en plus inquiet pourtant, cherchait à se raffermir contre le mécontentement que l'Empereur témoignait à présent par un obstiné silence, en écrivant à sa femme de verbeuses apologies. Il n'avait aucun tort ; l'Empereur les avait tous ; mais il lui convenait à lui de garder le silence. « L'essentiel en ce moment, écrivait-il, ce que l'Empereur désire le plus, c'est qu'il n'y ait pas le moindre éclat et que cela paraisse une chose simple ; d'ailleurs, rien ne l'est
effectivement davantage : on veut que je serve, moi qui commande la droite, sous les ordres d'un maréchal ; je ne le veux, ni ne le peux vouloir, voilà tout ; je me retire, c'est tout simple. » Aussi bien, ajoutaitil, son armée seule a eu quelques engagements ; elle a seule arrêté l'ennemi ; il ne s'est pas tiré un coup de fusil depuis son départ et les premières opérations sont terminées.
Gela lui plaît à dire : c'est le 28, de Byalistok, qu'il écrit à Catherine et le 23 — peut-il l'ignorer ? — Davout a livré sous Mohilew à Bagration un combat qui, pour glorieux qu'il fut, n'a point été décisif parce que les corps de la droite, immobilisés durant cinq jours, faute d'ordres, au milieu d'opérations qui pour être fructueuses devaient être constamment actives, n'y ont pris aucune part.
Jérôme fait donc du bruit pour se donner du cœur, mais il ne sait quelle conduite tenir, n'ayant reçu de l'Empereur aucune réponse à sa lettre suppliante du 17. Désespéré, il lui a envoyé Bruguière baron de Sorsum, son secrétaire du cabinet, mais Bruguière, soit qu'il ait été mal accueilli, soit qu'il ne se soucie pas de rendre à son maître la réponse verbale qui lui a été faite, reste en arrière; c'est un courrier qui, à travers tous les hasards, après avoir été obligé de se cacher vingt-quatre heures dans les marais, apporte enfin à Jérôme, rentré à Varsovie, une lettre de l'Empereur en date du 31 ^
* Cette lettre n'a pu être retrouvée dans aucun des dépôts d'État, non plus que la lettre de Jérôme portée par Bruguièi'e, à laquelle elle répondait.