SEPARATION DU TEMPOREL ET DU SPIRITUEL
et hors d'Europe, cette force de gouvernement et cette source d'influence.
Cette conception, pour être contradictoire aux théories de la cour de Rome, n'a rien qui puisse choquer un esprit religieux. La prépondérance qu'elle suppose et qui paraissait irréalisable depuis le partage de l'empire de Charlemagne est un fait accompli. Dans l'Europe catholique, unifiée sous le sceptre de Napoléon, le Grand Prêtre ne saurait rester souverain temporel indépendant, surtout il ne peut rester ce qu'il est, hostile. Son inimitié met en question la légitimité des annexions, conséquences des traités réguliers conclus entre l'Empereur et les anciens souverains ; elle met en question le droit de conquête, et par suite l'Empire même. Or, quoique refusant d'organiser religieusement les parties nouvelles du Grand Empire, le grand prêtre de la Religion catholique n'entend pas moins rester, en France et dans certaines parties de l'Italie, le contractant du Concordat, le chef d'une hiérarchie religieuse à laquelle a été remis, avec le droit de lier et de délier, le redoutable empire des ombres, le mystérieux et terrible Au-delà. Il faut que l'Empereur s'abaisse devant le Prêtre ou que le Prêtre se soumette à l'Empereur.
Napoléon pourtant ne serait point ennemi d'une conciliation. Il ne poursuit point avec une telle rigueur l'exécution du dessein qu'il a formé qu'il ne soit disposé à admettre des expédients qui fourniraient des modes de vivre acceptables. Mais, après chaque étape qu'il parcourt en se rapprochant d'un but que
lui marque la logique plutôt que son ambition même, le Pape répond aux propositions d'accord, souvent, il faut le dire, impérieusement formulées, par la mise en action, au sujet de querelles temporelles, des armes spirituelles dont il dispose comme pontife. Maître du temporel, Napoléon use des moyens temporels. Il ne suit point le Pape sur le terrain spirituel où celui-ci se place et oii il provoque l'attaque. Sans doute y a-t-il pensé ; sans doute le lui a-t-on suggéré ; sans doute, en vue d'effrayer l'adversaire, a-t-il dû donner quelque précision à un plan qui, en séparant du Pape, ci-devant évêquede Rome, l'Europe napoléonienne, eûllaissé àla papauté l'administration spirituelle de quelques vagues provinces anglaises et peut-être autrichiennes ; mais il ne s'y est point arrêté. Il est Italien, et il est Catholique. Il ne veut ni détruire l'Eglise catholique, ni s'établir lui-même chef religieux et civil de l'Empire universel; mais, à cet empire, il prétend incorporer en quelque sorte la Religion universelle, lier l'une à l'autre, de façon que, se prêtant mutuellement appui, sans se réunir ni se confondre, sans empiéter l'une sur l'autre, les deux |)uissances, la spirituelle et la temporelle, exercent leur action, chacune dans son domaine, sur le monde définitivement conquis. Est-ce là, comme on a dit, faire du pape le grand aumônier de sa couronne? Non pas : C'est lui proposer l'accomplissement du Christ iîuiisme, c'est faire de lui le grand prêtre du monde, puis(|ue l'Empire c'est le monde.
Dès 1805, au lendemain du sacre. Napoléon a fait parler au Pape, par un de ses grands officiers, « d'habi-