‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 140 sur 213 · MURAT. — LE ROI SOLDAT · texte numérisé non relu

MURAT. — LE ROI SOLDAT

lion des paysans auxquels, par poste, il donne généreusement trois thalers de pourboire, et tout le voyage lui revient à 103 thalers. Cela est peu royal.

Bien que l'Empereur lui ait retenu sa garde qui est combattante et ne lui ait laissé emmener que ses gardes du corps qui sont de parade, Jérôme est satisfait ; comme il l'écrit de Lissa le 7 août, à la reine, en lui envoyant son itinéraire, « Tout est très bien arrangé. » Il sait en vérité se contenter de peu.

Pour le luxe et le raffinement, pour l'éclat qu'il donne à sa suite, pour l'étiquette dont il s'entoure, Murât égale Jérôme; mais, si l'un traîne après lui une cour oii les favoris cherchent leurs aises, haïssent les coups et ont bien moins souci de Fhonneur de leur maître que de son humeur, l'autre chevauche en tête d'une troupe qui, pour être galante et parée, n'en est pas moins militaire, qui se plaît au fort du feu et où, pour faire le coup de sabre, chacun est prêt, du chef au dernier goujat.

Murât pourtant n'a garde d'oublier qu'il est roi. Au chef d'état-major, le général comte Belliard que l'Empereur « a eu l'extrême bonté de lui accorder, ce dont il le remercie bien », et qu'il tutoie encore à des jours par vieille habitude, il a daigné accorder « les honneurs des grandes entrées ». « M. le général Belliard, a-t-il ordonné, jouira pendant tout le temps qu'il sera attaché à la personne royale de tous les honneurs et prérogatives dont jouissent les officiers militaires et civils de la maison du roi ». Quant à

cette maison, le service en est réglé par le capitaine des Gardes Déry, faisant fonctions de grand maréchal, et par le grand écuyer. Ils prennent chaque fois, à cet effet, les ordres du roi. « Un chambellan annonce et introduit toutes les personnes que le roi admet dans son salon et présente directement à Sa Majesté toutes les dépêches qui parviennent de l'Empereur», mais ce chambellan est l'aide de camp de jour, et il n'en doit pas moins comme les autres accompagner Sa Majesté toutes les fois qu'elle monte à cheval. A cet effet, chaque aide de camp emmène au moins six chevaux de selle de son rang et trois chevaux de domestiques. Le roi, dans chacune de ses brigades de selle, en a huit de son rang et les veut parfaits : n'en trouvant point à son goût à Paris, il charge Belliard, qui est déjà à Marienwerder, d^en rechercher qui puissent lui plaire chez tous les officiers généraux de sa connaissance. A l'instar de ce qui se passe à l'Etat-major de l'Empereur, « Messieurs les aides de camp reçoivent les ordres du roi le chapeau bas ou la main au schako, et les rendent de même à messieurs les généraux auxquels ils sont adressés », tant ils sont tenus au respect pour la parole royale dont ils sont dépositaires ; « ils doivent toujours être uniformément habillés et par conséquent convenir entre eux la veille de l'uniforme qu'ils devront porter le lendemain », car si, pour cette campagne, le roi a renoncé à faire porter à ses aides de camp français les couleurs de sa livrée qu'il prétendait leur imposer en 1807, il n'en hait pas moins la

Page 1