‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 142 sur 213 · MURAT. — A DANTZICK. AVEC L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

MURAT. — A DANTZICK. AVEC L'EMPEREUR

de Votre Majesté pour la remercier de la bonté qu'elle a eue de m'écrire. » A Dantzick, où il se retrouve avec l'Empereur, il se croit en une telle passe de faveur qu'il n'hésite point à solliciter deux grâces qui lui ont jusque-là été constammant refusées : d'abord le retour à Naples des restes de la division napolitaine employée en Espagne, puis, surtout, le rappel du Corps d'observation de l'Italie méridionale. « Je ne pense pas, écritil, que Votre Majesté puisse avoir aujourd'hui le même motif qu'elle crut avoir il y a un an lorsqu'elle forma un Corps d'observation sur Naples. Votre Majesté s'est privée depuis un an des services de celte division qui n'en a rendu aucun à mon royaume, tandis que, placée dans les Etats Romains, elle aurait empêché la réunion des brigands et aurait eu le môme efTet sur le royaume de Naples et les Anglais en Sicile. Sire, le cas est encore aujourd'hui le même; on m'annonce qu'une forte comilive de brigands désole les frontières de vos Etats Romains. Pourquoi ne pas y envoyer le corps du général Grenier?... Alors, mon trésor serait soulagé, les hommes de la nouvelle levée seraient promptement organisés , habillés et armés et le royaume ne s'apercevrait pas du départ du contingent ni de celui de l'Armée d'occupation. » Et, à ce départ, Murât, avec des formes, subordonne la nouvelle levée « que l'Empereur a demandée ».

Sinon tout de suite, au moins dans les deux mois, il obtient satisfaction sur les deux points, de façon que l'Empereur renonce à la fois aux deux sûretés qu'il avait prises : active par la présence du Corps d'obser-

vation, passive par le maintien de la division napolitaine en Espagne. Il rend à Murât son entière liberté; il le met hors de sa main à Naples, tant il sait avoir besoin de lui en Russie \

Il n'a point tort : Murât est le plus admirable soldat, le plus étonnant entraîneur d'hommes^ l'officier de cavalerie qui, sur le terrain, a le coup d'œil le plus juste et l'action la plus prompte, une forme d'audace qui n'est qu'à lui, une désinvolture devant la mort, une aisance à l'affronter qui la rendent négligeable pour ceux qu'il emmène après lui. On dirait que, sur le champ de bataille, il joue avec les régiments; il les masse, les disperse, les reforme à son gré; il les saisit comme dans sa main, s'en fait une arme que, telle

' J'ai insisté sur l'ensemble des preuves qui montrent, avant le passage de Napoléon à Dantzick, l'entière réconciliation avec Murât, parce qu'ainsi se trouve détruite la confiance qu'il convient de prendre aux Souvenit's inédits de Caulaincourt. Communiqués d'abord à M. Thiers, puis à M. Vandal, ils ont induit l'un et l'autre à raconter une scène qui se serait passée à Dantzick où, pour la première fois. Murât aurait revu l'Empereur. Le ducdeVicence y prête à Napoléon une attitude qu'il ne put matériellement 'prendre, mais pourquoi cette invention ? Sans doute, s'il n'y a point d'autre intérêt, car les textes continuent à être jalousement dissimulés, pour jeter des doutes sur le caractère de l'Empereur. Le rôle que M. de Caulaincourt a joué à Paris à la fin de 1811 est à jour par la publication du tome III des Arcbivcs Nesselrode ; son rôle lors de l'armistice de Plessvitz est à jour par les publications de M. Bailleu {Ai^chives du Congrès diplomatique de la Haye) et de M. de Martens {Recueil des Traités et conventions de la Russie, t. XIV). Son rôle lors du Congrès de Chàtillon et du Traité de Fontainebleau peut être deviné, grâce aux pièces publiées par M. de Marteux, mais, en présence de la confiance qu'ont prises à ces mémoires des historiens aussi avertis, il convient, chaque fois qu'un des morceaux communiqués se trouve contredit d'une façon évidente par les faits, de le signaler, ne seraitce que pour mettre en garde sur les autres assertions d'un personnage qui, dit M. de Martens (XIV, 180) c- fournit à l'empereur Alexandre la preuve très précieuse d'un fait incontestable : savoir qu'il pouvait compter sur la trahison dans le camp de Napoléon. ».

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