‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 144 sur 213 · MURAT. — IL REÇOIT LE COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

MURAT. — IL REÇOIT LE COMMANDEMENT

lion cVEspagne, malgré le Consulat à vie, l'Empire héréditaire, le mariage autrichien et la venue du Roi de Rome, l'Empire n'était solide. Lui disparaissant, tout s'écroule. A cela, un seul remède, lui : partir, traverser l'Europe comme une flèche, devancer les mauvaises nouvelles qui, en Allemagne ou en France, pourraient faire éclater d'autres complots, gagner de vitesse les messagers qui porteraient les ordres aux sociétés secrètes et apparaître vivant aux Tuileries.

Mais à ce troupeau qui fut la Grande Armée il doit laisser un chef. Qui ? La hiérarchie qu'il a créée l'étreint : Ce n'est pas au plus digne, au plus capable, au plus tenace qu'il est contraint d'abandonner le commandement, mais au plus qualifié. Le roi prime le vice-roi, qui prime le prince, qui prime les maréchaux. Murât ne peut servir sous Eugène, moins encore sous Berlhier etDavout, etNapoléon croit avoir affaire de Murât. Mais Murât est déprimé, bien plus encore au moral qu'au physique. Il faudrait un homme qui arrêtât cette foule débandée, qui en réorganisât les éléments, qui y rétablît la discipline, qui y trouvât des ressources, qui y éveillât l'esprit de résistance, qui, en gagnant du temps, en menaçant de retours imprévus les Russes aussi épuisés que leurs adversaires, en maintenant en Pologne un mur d'airain, empêchât l'incendie de gagner l'Allemagne, la défection d'entraîner le corps prussien à gauche, le corps autrichien à droite, seules forces qui se fussent ménagées et restassent actives, et qui fournît ainsi à

l'Empereur les heures qu'il lui faut pour lever, former et amener sur le terrain des troupes neuves.

3Iurat n'a rien de cela ; il pense à retournera Naples, à y établir son indépendance, à y nouer d'utiles amitiés. Il se soucie bien de la Grande Armée et de ce qu'il adviendra d'elle ! Mais Murât est roi, donc il est le chef. Napoléon croit au prestige d'une telle couronne qu'il vient de fondre, comme un statuaire adore la divinité du fétiche qu'il vient de tailler. Ce n'est plus Murât : c'est Joachim Napoléon P''. On ne discute pas les rois.

Mais les rois se font payer. Pour rester à l'armée, Murât veut du comptant : le 3 décembre, il écrit à l'Empereur qui vient de décider son départ : « Je renouvelle à Yotre Majesté ma prière pour la levée du séquestre apposé sur les biens farnésiens ou pour obtenir la principauté de Ponte-Corvo en indemnité.

« Je demande aussi à Votre Majesté le rappel de M. Durant et M. le maréchal Pérignon pour le remplacer.

« Votre Majesté me rendrait aussi le plus grand service en me permettant d'employer une vingtaine de licences absolument conformes à celles qu'elle délivre en France pour pouvoir procurer à Naples du sucre et du café dont la pénurie est extrême et pour nous débarrasser de nos huiles qui pourrissent dans nos puits. Ma demande se trouve parfaitement d'accord avec le système continental adopté par Votre Majesté.

« Je viens d'ordonner la levée de la réserve de 8 000 hommes de 1812. Cette levée va me coûter

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