‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 145 sur 213 · MURAT- — IL SE FAIT PAYER D'AVANCE · texte numérisé non relu

MURAT- — IL SE FAIT PAYER D'AVANCE

énormément. Cependant, comme je crois cette mesure plus urgente que les constructions navales, Votre Majesté voudrait-elle permettre qu'on les poussât avec moins de vigueur, car je crois, dans ce moment-ci, plus utile de former des troupes que de construire des vaisseaux qui ne pourront vous rendre de services que dans quelques années. D'ailleurs on serait toujours à temps de reprendre les constructions avec toute l'activité possible.

« Votre Majesté me rendrait un grand service si elle voulait nommer maître des requêtes, préfet ou enfin donner une bonne place à M. Lafond, mon neveu, auditeur depuis sept ans. »

Ainsi, l'heure où l'Empereur fait appel à son dévouement pour le salut de l'Armée et de TEmpire, c'est l'heure que choisit Murât pour exiger toutes sortes de faveurs, immenses ou infimes, en échange de ses problématiques services. Jusqu'au dernier moment, il quémande; à Smorgoni, le 5 décembre, au moment oii TEmpereur monte en voiture, il lui fait signer ce décret : « La principauté de Pontecorvo est donnée à notre très cher neveu, le prince Lucien, fils de notre très cher frère le roi de Naples, aux mêmes clauses et conditions qu'elle était possédée par le dernier prince de Pontecorvo. »

Murât s'est fait payer : que donne-t-il en retour ?

L'Empereur, en partant, a précisé ses plans dans deux lettres au major général et dans une instruction. Celle-ci est formelle : « Rallier l'armée à Wilna, tenir cette ville et prendre ses quartiers d'hiver, les

Autrichiens sur le Niémcm , couvrant Brezesc , Grodno, Varsovie ; Tarmée sur Wilna et Kowno. En cas que l'armée ennemie marche et qu'on ne croie pas pouvoir tenir en deçà du Niémen, la droite couvrant Varsovie et, s'il se peut Grodno ; le reste de l'armée en ligne derrière le Niémen, gardant, comme tête de pont, Kowno. »

Murât arrive le 8 à Wilna sans avoir donné aucun ordre. Il est à ce point démoralisé qu'il semble avoir perdu la faculté de penser, de raisonner, d'agir. A Maret, venu pour lui transmettre les instructions de l'Empereur et lui exposer les ressources immenses que renferme Wilna, il répond uniquement : « Non! Non ! Je ne me ferai pas prendre dans ce pot de chambre! » A Berthier, qui demande des ordres : V Vous savez mieux que moi ce qu'il faut faire, donnez les ordres vous-même. » Et il se chauffe, mange et dort. Le lendemain, il écrit à sa fille : « Désormais, il n'y aura plus de bonheur pour moi qu'auprès de la reine et de mes chers et bons enfants, » Il ne s'occupe de rien. Les hommes désarmés, mourant de faim et de froid, se pressent en foule devant ces magasins où sont amassées quatre millions de rations de farine, quatre millions de rations de viande, neuf millions de rations de vin et d'eau-de-vie, des légumes, des fourrages, des vêtements, des équipements à proportion, trente-quatre mille fusils et un arsenal immense. Pas un ordre pour laisser piller ces richesses si on ne peut les distribuer, pour les brûler même, si c'est le seul moyen de les sauver de

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