‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 147 sur 213 · MURAT. — LETTRE A BELLIARD · texte numérisé non relu

MURAT. — LETTRE A BELLIARD

Ayant échoué dans sa tentative, Murât part en poste pour Konigsberg où, le 19, il établit son quartier général. De là, lui qui, le 16, a annoncé à l'Empereur sa résolution d'abandonner le commandement, il écrit à Belliard : « Tout le monde demande à quitter l'ar- ) mée ; je suis indigné de cet état de démoralisation. Si cet état de choses continue, on ne peut prévoir oii le mal s'arrêtera. Parlez aux officiers généraux de cavalerie ; parlez-leurde leur gloire ; rappelez-leur les journées de Wertingen, de Prentzlow, de Lubeck, d'Eylau et de la Moskowa. La cavalerie pourrait-elle plus longtemps fuir devant de misérables cosaques qu'elle a menés tambour battant pendant près de trois cents lieues ! » Gela est fort bien, mais en même temps il écrit à sa fille : « Qu'il sera beau, qu'il sera doux pour mon cœur le jour où je reverrai ma charmante famille! Oh ! plus jamais je ne veux m'en séparer. Ni la gloire, ni aucune autre jouissance ne pourront jamais remplacer celle que je trouve auprès d'elle ! » Et, le même jour, il annonce à l'Empereur que les débris de l'armée étant à prendre des quartiers d'hiver, il va retourner voir sa femme et ses enfants. « J'attendais ce moment, écrit-il, parce que je puis m'absenter sans inconvénient. »

L'Empereur n'a point répondu à ces demandes et à ces mises en demeure. Il semble croire que cet accès de découragement passera. « Il voit avec bien de la peine le froid extrême qu'il fait encore du côté de Kônigsberg; il lui tarde de connaître la situation exacte de l'armée » ; mais — au moins dans les lettres

que ron a — nulle allusion au départ annoncé. De Kônigsberg pourtant, Murât s'est retiré le 2 janvier sur Elbing- et, de là, le 4, bien que la défection du corps prussien de York, commencée le 26, accomplie le 30 décembre, ait porté à la cause française un coup qui doit retentir dans toute rAllemagne, il écrit à l'Empereur ; « Sire, il ne me convient de rester à l'armée que lorsque vous commandez. Le roi de Naples ne saurait prendre sur lui de la commander qu'avec la plénitude de liberté et de pouvoir indispensables à tout général en chef. » Trois jours plus tard, ce ne sont plus ses ennemis qu'il met en cause, c'est la jaunisse menaçante ^

Le IS enfin, de Posen, il écrit à l'Empereur : « Sire, quoique j'aie écrit à Votre Majesté que je ne pouvais conserver le commandement de la Grande Armée, je n'aurais cependant pas pris le parli de m'en éloigner sans l'état de maladie oiije me trouve réduit depuis cinq ou six jours, état qui m'empêche absolument de m'occuper d'affaires. Dans cet état de choses, je me suis vu forcé d'écrire les deux lettres dont j'envoie copie ci-joint à Votre Majesté. Je me flatte qu'elle

* Pour innocenter Murât, pour excuser cette dései'tion par la spontanéité d'une décision prise ab iralo, la plupart des historiens de l'Empire ont accrédité la version suivante : « Au moment où il traversait Marienverder pour se rendre à Posen une lettre de Naples vint bouleverser toutes les résolutions. L'impression en fut violente ; à mesure qu'il la lisait, la bile se mêlait à son sang avec une telle promptitude qu'on le retrouva quelques instants après avec une aunisse complète ». Par malheur, cette version se trouve contredite par cette lettre datée du 7 janvier, d'Elbing que Murât ne quitta que le 41. Sarésolution remontait au 16 décembre etelle avait é té signifiéeassez de fois pour qu'on n'en pût pas douter : il avait donc pris tout le temps pour la former avant de l'exécuter.

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