‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 148 sur 213 · MURAT. — IL ABANDONNE L'ARMEK · texte numérisé non relu

MURAT. — IL ABANDONNE L'ARMEK

rend assez de justice à mes sentiments pour elle pour croire à la douleur que j'éprouve de cesser un moment de la servir, mais j'espère que quelques mois de séjour dans le bienfaisant climat de Naples me permettront de venir reprendre au printemps prochain mon ancien commandement. » Et en post-scriptum, de sa main : « J'ai la fièvre et un commencement de jaunisse bien prononcée. »

Les lettres dont il joint les copies sont adressées à Eugène et à Berthier. A celui-ci, il annonce simplement la transmission du commandement ; à celui-là, « son cher neveu », il écrit : « J'ai conservé le commandement de la Grande Armée tant que je l'ai pu ; aujourd'hui ma santé me force de l'abandonner et je suis certain d'avoir rempli les intentions de l'Empereur et justifié l'attente de l'armée en le remettant à Votre Altesse Impériale et Royale ».

Berlhier et Daru le supplient vainement d'attendre les ordres de l'Empereur; tout ce qu'ils gagnent, c'est qu'il retarde son départ jusqu'à l'arrivée du vice-roi; Dans la soirée du 17, accompagné du général Rossetti, son aide de camp, il monte en voiture. Il a dit à Eugène et à Berthier qu'il allait se reposer chez le roi de Westphalie, et il va d'une course jusqu'à Naples, ce qui, comme écrit Eugène, « n'est pas mal pour un malade ».

Eugène a refusé de recevoir le commandement des mains de Murât. L'Empereur seul relève d'un tel commandement; seul il le transmet. En partant comme

il fait, Murât, tout roi qu'il est, déserte. En vertu de quel droit remettrait-il son commandement à Eugène? Mais Eugène, sinon comme vice-roi, au moins comme lieutenant de TEmpereur, assume le commandement vacant sur les instances de Berthier : « J'ai décidé le vice-roi à prendre provisoirement le commandement, écrit le 16 le major-général; je l'ai assuré de mon zèle, malgré l'état souffrant dans lequel je suis. Votre Majesté sentira combien il est important qu'elle organise sa Grande Armée, qu'elle nomme par décret son lieutenant-général. Je ne me permets aucune réflexion sur la conduite du roi. » Le 17, Eugène écrit très simplement à l'Empereur : « N'ayant ici aucun maréchal d'Empire et me trouvant le seul lieutenant de Votre Majesté, j'ai pris provisoirement le centre du commandement jusqu'à ce que Votre Majesté ait bien voulu nommer un g-énéral en chef. » Sans autre préambule, il entre au vif de son rapport militaire.

Point de récriminations, ni d'apologie. Pourtant, nul plus qu'Eugène n'eût eu le droit de parler. 11 n'ignorait rien de la haine que Murât nourrissait contre lui et qui croissait chaque jour, à proportion que l'un faisait mieux son devoir et que l'autre y faillait davantage. Il avait même pris ses précautions et, le 5 décembre, lorsque l'Empereur allait quitter Smorgoni, il lui avait écrit : « Sire, j'ai dévoué ma vie au service de Votre Majesté ; il me serait pénible de n'être plus employé que pour la gloire d'un autre prince, surtout d'après les sentiments de cette personne à mon égard, sentiments que Votre Majesté

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