‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 149 sur 213 · EUGÈNE. — IL PREND LE COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

EUGÈNE. — IL PREND LE COMMANDEMENT

connaît aussi bien que moi. J'ose donc demander un ordre pour retourner en Italie à Fépoque qu'elle jugera le plus convenable. Dans le cas oii Votre Majesté me laisserait à l'armée, j'y resterai tant qu'il lui plaira et je n'en continuerai pas moins à la servir avec le môme zèle et le même dévouement. » Napoléon, par une prévision qui témoigne peu sans doute en faveur de Murât, lui a répondu seulement : « Mon cher fils, faites votre devoir et reposez-vous sur moi. Je suis le même pour vous et sais bien ce qu'il vous faut ; ne doutez jamais de mes sentiments paternels. »

Eugène donc est resté à l'armée et, tel sous Murât que sous l'Empereur, mais contraint avec celui-là, pour qui l'armée ne semblait plus exister, de prendre des responsabilités que celui-ci savait lui épargner, il a fait son devoir à l'ordinaire. Car Eugène est l'homme du devoir; il en est presque le pédant; l'on chercherait en vain, jusqu'à cette époque, dans l'armure qu'il s'est forgée, une fente par où passe un peu d'humanité: c'est le prince Grandison. Nul doute que cette règle morale qu'il s'est tracée et qu'il a eu la ténacité de suivre, ne l'ait au moral constamment grandi ; mais n'a-t-il pas été porté par elle à d'étranges démarches? La reconnaissance qui l'attache à Napoléon lui a fait accepter depuis trois ans, d'une âme qui semble égale, des corvées et des humiliations qui à tout autre eussent été insoutenables. Il a dû préparer et décider sa mère au divorce et solliciter du Sénat l'acte qui a dissous le mariage impéri.il; déchu du

rang de fils adoptif, il a dû infliger à sa femme, si orgueilleuse et si fière d'être une AVittelsbach, de marcher la dernière de la Famille dans les cortèges impériaux ; détrôné d'Italie, avant d'en avoir été roi, il a dû accepter, en manière d'échange, l'éventuelle succession du grand-duché de Francfort ; des promesses qui solennellement lui avaient été faites, qui avaient retenti aussi bien à la cour de Bavière que devant les Chambres italiennes, nulle n'a été tenue ; et pourtant, chaque fois qu'une faute s'est produite et qu'il a fallu aussitôt la réparer, Napoléon a disposé d'Eugène et il l'a trouvé prêt.

Eugène n'a point de génie ; il n'a guère d'esprit argent comptant; mais il a de l'intelligence, de l'application et de la gravité. Il est bon fils, bon frère, bon époux, bon père, bon soldat : il a des vertus. Entrant en campagne, il ne traîne après lui ni maîtresses, ni favoris, ni fourgons de parfumerie, mais des chariots construits par l'habile mécanicien Maëlzel pour le transport des blessés et des malades et des voitures qui, par un ingénieux mécanisme, font, en roulant, office de moulins à blé. Dans sa suite, il n'a de non combattants, outre ses secrétaires Méjan et Soulange-Bodin, qu'un peintre bavarois, Albrechh Adam, grâce auquel la campagne de Russie sera fixée en de probes et intéressantes lithographies. L'Allemagne a déteint sur lui bien plus que l'Italie. D'Auguste, qu'il admire comme princesse, autant qu'il l'aime comme femme, il a pris des mœurs allemandes, aussi bien dans le caractère et les habitudes

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