EUGÈNE. — REFORMATION DE L'ARMÉE
campagne par les renforts qu'ils reçoivent, enivrés de leur haine contre la France et de l'orgueil de lui avoir résisté, prononcent leur marche en avant pour la délivrance de l'Europe ; reculer de place en place devant eux, de Posen (12 février) à Francfort et à la ligne de l'Oder; puis à Berlin (22 février), à Schônberg, (27 février), à Wittenberg (6 mars), à Leipzig (9 mars). Au début, il a à peine 17 000 hommes plus ou moins en état de faire la campagne, le reste se rétablissant dans les places. Il doit en jeter 5 000 dans Thorn ; reste à 12 000, et à peine un millier de chevaux : encore, dans sa retraite, à Zirke, perd-il les escadrons lithuaniens qui sont aux ordres du prince Giedroycz. Peu à peu, en reculant, il ramasse quelques bataillons, il est rejoint par la division Grenier formée du Corps d'observation de l'Italie méridionale ; à Leipzig, il commande à 50 000 hommes et il manœuvre sur Magdeburg pour donner à l'Empereur le temps d'arriver (21 mars). Malgré le demi-échec du combat de Môckern, il remplit son but, gagne presqu'un mois et, le 1^'' mai, rejoint l'Empereur à Wessenfels. Le 2, c'est Lulzen, où, avec ses troupes, il prend à la victoire une part décisive. Le 8, à la tête de l'avanlgarde, il entre à Dresde où l'Empereur, inquiet des menées de Murât et des Autrichiens en Italie lui ordonne de gagner sur le champ Milan.
Est-ce de tels services que l'Empereur a prétendu récompenser lorsque, en faveur de la fille aînée du prince vice-roi, la princesse de Bologne, Joséphine- Maximilienne-Eugénie-Napoléon, il a érigé en duché,
SOUS le nom de Galliera, le palais de Bologne et la terre de Galliera appartenant au Domaine privé, et devant rendre 200 000 livres de rente? En vérité il a d'ordinaire la générosité plus opportune et plus large.
Juin 1812. — Janvier 1813.
Pauline (7 juin 1812-janvier 1813). — Le départ pour Aix-en- Savoie. — Les présents. — Les dispositions pendant l'absence.
— Bijoux qu'elle emporte. — Borghèse. — La suite. — M"" de la Turbie. — Arrivée à Lyon. — Fksch. -- Ses projets et ceux de Madame. — Fesch archevêque. — Ses actes anticoncordataires, — Son ennui. — Ses contrariétés. — Ses ordres. — Il vient à Aix. — Il y retrouve Pauline, Madame et Julie. — Julie. — Sa sœur, la princesse de Suède. — Désirée s'obstine malgré l'Empereur à rester en France. — La société à Aix. — Les maladies de Pauline. — Les consultations. — Les fêtes. — Le commandant Duchand. — Lé dispersement. — Les médecins ordonnent le Midi à Pauline. — Elle attend la permission de l'Empereur. — Canouville est tué à la Moskowa. — Désespoir de Pauline. — Son voyage. Distractions. — Petit-Bourg. — Arrivée à Hyères. — Une amoureuse.
Madame (juin 1812-janvier 1813). — {Voir ci-dessus jusqu'en septembre). — Départ d'Aix. ^ Séjour à Pont. — Les correspondances. — Les affaires. — La Corse. — Retour à Paris.
— Appréciation de l'attentat Malet. — Madame et ses petitsenfants.
HoRTENSE (mai 1812-janvier 1813). — Séjour à Saint-Leu. — Départ pour Aix-la-Chapelle. — La société à Aix-la-Chapelle.
— Vie qu'llortense y mène. — Maladie du prince Napoléon.
— Emoi d'Hortense. — Ce que pensent l'Empereur, les membres de la Famille. — Ilortense et Marie-Louise. — Lettres,
— Visites. — Grande intimité. — Hortense et l'attentat Malet.
Louis (février 1812-janvier 1813). — Ses prévisions sur la Russie.
— Communications faites à l'empereur Alexandre. — Louis ne croit plus aux médecins autrichiens. — Consultation demandée aux Français. — Sa santé expliquée par lui-même.
— Embarras des médecins. — Etat stationnaire au physique comme au moral. — Relâche dans V instabilité . — Elle est réduite aux projets. — La persécution persiste. — Départ de Van Capellen. — Persécuteurs divers. — Louis préservé du délire par l'amour paternel. — Lettres à son fils. — Tendresse pour Pauline. — La littérature. — Les Odes.
Lucien (juin 18i2-janvier 1813). — Projets de Lucien. — Les visites se ralentissent. — La poésie. — L'Iliade et l'Odyssée.
— Poème de Lucien et le bruit qu'il fait. — Désir de revenir en France. — Panon Desbassyns de Richemont, ses divers voyages en Angleterre. — Ce qu'Alexandrine lui reproche.
— La Batilde, reine des Francs, de M™*^ Simons Candeille.
— Les négociations de Desbassyns. — Propositions de Lucien au gouvernement anglais au sujet de l'Espagne. — Appréciations de Lucien sur l'attentat Malet. — Conclusions à en tirer. — Lucien propose de négocier au sujet de la France.
— L'Empereurseul responsable. — Invectives de Lucien contre l'Empereur.
Élisa (juin 1812-janvier 1813). — Misère en Toscane. — Le blocus continental. — Elisa maintient la paix dans le grandduché. — Elle y fait fleurir les arts. — Où elle place ses économies,
C.\ROLiNE (mai 18i2-janvier 1813). — Caroline régente. — Mesures prises par l'Empereur pour la défense du royaume. — Elles seront inutiles. — Voyage de Caroline. — Situation qu'elle trouve. — Caractère qu'elle déploie. — Son administration. — Lettres à Maret, à Fesch, à Grenier. — Sa poli-
tique. — Le prince Achille et le Grand aigle. — Querelles entre Caroline et Murât. — Difficultés que suscite Murât. — Lettre de Belliard et réponse de Caroline. — Annonce de l'arrivée de Murât. — La Cour et les fêtes. — Correspondance interrompue. — Le 29" Bulletin. — Lettres de l'Empereur. — IMurat écrit qu'il veut quitter l'armée. — Réponse de Caroline.
Catherine et Jérôme (mars 1812-janvier 1813). — Catherine régente. — Elle l'est malgré elle. — Caractère de Catherine.
— Son patriotisme allemand. — La Cour en l'absence du roi.
— Le voyage à Dresde. — Conversations avec l'Empereur. — Les reproches au sujet de Jérôme. — Catherine et la couronne de Pologne. — Retour à Cassel. — Inquiétudes de Catherine. — Vie qu'elle mène. — Jérôme annonce son retour. — Protestations de Catherine. — Jérôme retourne ses idées. — Elle accuse l'Empereur. — La Cour au retour du roi. — Les fêtes. — Le couronnement prochain. — Bijoux et pierres. — Les maîtresses. — Les intrigues à la Cour et dans le gouvernement. — Jérôme reste fidèle. — Retour de l'Empereur. — Lettres de Jérôme. — Lettre de l'Empereur.
JosF.PH (3 avril 1812-janvier 1813). — La prise de commandement. — Nulle inquiétude, — Etal de l'armée. — Plans divers imposés par l'Empereur. — Tous exigent la coopération des divers chefs d'armée. — Situation de Joseph vis-àvis d'eux, deux mois après sa prise de commandement. —
— Wellington prend l'ofTensive contre l'armée de Portugal.
— Joseph réclame des secours. — Réponses négatives de tous les commandants d'armées. — Soult et ses projets. — Ordres de Joseph à Soult. — Réponse de Soull (8 juin). — Nouveaux ordres. — Refus d'obéissance. — Rapports faits à Joseph sur Soult. — Joseph accepte la démission de Soult (30 juin). — Il reprend le ton suppliant. — Réponse de Soult. — Ordres réitérés. — Soult n'en tient aucun compte. — II refuse de faire un détachement sur Tolède. — Il propose au roi de venir à l'Armée du Midi. — Refus de Caffarelli. — Joseph marche au secours de Marmont. — Marmont, sans l'attendre, livre bataille aux Arapiles (22 juillet). — Appréciations de Joseph. — Il rentre à Madrid. — Il est obligé d'évacuer sa
capitale. — Lettres de Soult à Joseph. — Quels sont les projets de Soult? — La conférence de Séville. — Lettres de Soult à Clarke. — Soult accuse Joseph de trahison. — Joseph s'impatiente. — Ordre nouveau à Soult d'évacuer l'Andalousie. — Soult s'y décide. — Les dépêches de Soult à Clarke tombent aux mains de Joseph. — Indignation de Joseph. — Lettre de Joseph à l'Empereur. — Soult rejoint le roi. — Réconciliation. — Hypothèse. — Situation militaire améliorée. — Renforts arrivés. — Wellington quitte Madrid pour combattre l'Armée de Portugal. — Il se heurte au château de Burgos, lève le siège, suivi par l'Armée de Portugal. — Occasion admirable pour l'écraser. — Joseph ne pense qu'à rentrer à Madrid. — Nouvelle querelle avec Soult. — Refus de marcher. — Soult tient qu'il faut battre les Anglais. — Joseph persiste. — Il dénonce Soult à l'Empereur. — Il perd un mois pour réoccuper Madrid. — Il se remet en action. — Nouvelle occasion d'écraser Wellington. — Joseph réorganise son armée. — Il en donne le commandement général à Soult. — Retraite de l'armée anglaise non entamée. — Joseph rentre à Madrid. — Etat de l'armée. — Quels sont les coupables? — Joseph est certain que lui seul ne l'est pas. — Ses réclamations et ses demandes. — Sa satisfaction de lui-même. Que pense Napoléon? — Incertitude de ses projets sur l'Espagne. — Il a pensé que telle quelle la situation durerait une année. — Joseph a avancé des promesses auxquelles Napoléon a pu croire. — Napoléon donne à Joseph ce qu'il a demandé. — Mais il le lui a retiré par morceaux. — Il a encouragé l'indiscipline. — Ses pensées sur l'Espagne. — Le rapport de Marmont sur les Arapiles. — Le rapport du colonel Desprez sur Soult. — Discours de l'Empereur. — Ordres donnés sur l'Espagne. — Inquiétudes de l'Empereur. — Il n'y verra clair qu'à Paris. — Il y court.
Conclusion. — La trahison de Bernadotte accomplie, la défection de Murât préparée, l'Espagne perdue. — Napoléon persiste néanmoins dans le système dynastique et familial.
Pendant que, au delà du Niémen, s'agitentles armées,
l'Europe d'abord écoute, affaiblis par la distance, les cris triomphants qui lui parviennent comme des murmures ; puis, les voix se font plus lointaines, les cris plus indistincts, ils s'éteignent tout à fait. Sur un Bulletin, de temps en temps, les cloches s'ébranlent, les salves retentissent, les Te Bewn résonnent, mais ils ne soulèvent l'enthousiasme ni ne secouent l'indifférence. On sait qu'on sera vainqueur ; on y compte ; on en est las. La vie se poursuit sans nouvelles qu'on reçoive, ni qu'on cherche, bien plus apaisée, semblel-il, que l'Empereur présent. Seuls, s'agitent et se tourmentent ceux qu'un intérêt de cœur attache à ces soldats qui guerroient dans des terres inconnues.
Dans la Famille impériale, comme dans la société et le peuple, il en est ainsi, mais à ceux-là qui sont le plus intéressés au maintien du régime, incomberaient, semble-t-il, des inquiétudes d'un ordre particulier; rien n'en témoigne; ils se laissent vivre; nul ne paraît se troubler à l'idée que, gouverné de si loin, l'Empire est fragile et que leur sort à tous dépend de la constance de la fortune impériale. Ceux-là même qui provoquent, par leur ineptie ou leur inconscience, des revers qui auront les conséquences les plus graves, semblent ne point douter que tout ne doive se réparer et que l'adversité n'est point faite pour eux.
Chacun, selon son caractère, suit sa voie et ce n'est point un spectacle qui manque d'intérêt de les voir aux prises avec la vie, alors que celui-là a comme disparu qui fut jusque-là le régulateur de leurs actes. Livrés à eux-mêmes, ils montrent ce qu'ils valent et
de quoi ils eussent été capables si Napoléon n'avait constamment porté leur fortune.
Le 7 juin, Pauline est partie pour Aix-en-Savoie. Comme par un involontaire pressentiment, à la veille de celte absence qu'elle savait devoir être longue, mais qu'elle ne présageait point éternelle, elle a réglé ses affaires avec les membres de son conseil. Elle leur a distribué des tabatières d'or oii est sertie, entourée de diamants, la divine médaille, digne de Syracuse, qui montre à l'avers le profil antique de IlauXlvx leêao-xou ASsXcpyi et, au revers, le groupe des Trois Grâces avec la légende Hatuv Ka)>r, BaSiXeue « Belle sois notre Reine ». On a prétendu qu'à chacune des Grâces la princesse avait servi de modèle : certes, elle l'eût pu, mais si Pauline avait permis à Denon de prendre des croquis, cefaunesque amateur de la beauté n'eût point manqué, pour son agrément et celui de la postérité, d'en tracer sur quelque planche de cuivre un griffonis plus précis et plus indiscret. Quant à Andrieux, le graveur de la médaille, il est hors de cause. Sans doute, comme les autres médailles des sœurs et belles-sœursde l'Empereur queDenon dirigea, celle-ci n'est qu'une ingénieuse allégorie, mais on s'est si justement accoutumé à rapporter à Paulelle tout ce qui est l'expression de la beauté, qu'on recherche naturellement son image partout oii l'on rencontre une formule de l'idéal féminin.
Bien qu'elle soit peu donneuse, hormis de ses portraits, la princesse a fait un beau cadeau de 7600 francs