‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 153 sur 213 · PAULI>'E. — DÉPART POUR AIX-E>'-SA VOIE · texte numérisé non relu

PAULI>'E. — DÉPART POUR AIX-E>'-SA VOIE

et ne peut souffrir qu'on débaptise une de ses dames. Elle en réfère à l'Empereur qui répond : « J'ai donné à la dame qui est près de ma sœur le titre de baronne de la Turbie — en effet, les lettres patentes du 26 avril 18i0 sont au nom de la femme seule — et, comme la Turbie est un nom de fîef et qu'il n'existe plus de fiefs en Italie, je veux et j'ordonne que celui qui porte ce nom le quitte incontinent pour reprendre son nom de famille. » Ainsi a-t-il prononcé en novembre 1811.

La Turbie, battu, déchu et malcontent, redevient Blancardi Roëro, et la baronne delaTurbie triomphe. Dès lors, pourrait-elle s'assurer son amant par un mariage, M. de Tonnerre étant veuf depuis août 1810 de M"* de Bruc, mais point si sotte. Elle se fermerait la Cour et devrait démissionner, l'Empereur admettant les hommes divorcés et remariés, non les femmes. Elle attend donc. Bien lui en prend : à la Restauration, M. de Tonnerre retrouvera son titi^e de duc. Durant les Cent Jours, le 5 mai 1813, étant commissaire du roi de France près du corps d'armée autrichien commandé par le baron de Frimont, il légitimera cette longue liaison, à laquelle les Bourbons, au retour, seront plus indulgents que n'eût été l'Empereur, et, en 1837, par un testament en règle, il laissera à M"^ de Sellon sa fortune entière, y compris la terre de Vauvillars, érigée en duché-pairie, sous le nom de Clermont- Tonnerre, par lettres patentes de juin 1773, en faveur de Gaspard de Glermont-Tonnerre, maréchal de France, et frappée d'une substitution indéfinie au

profit de ses hoirs. En 1849, la duchesse de Clermont- Tonnerre léguera la fortune ainsi distraite, à ses neveux propres, le marquis de Cavour et le comte Camille de Cavour — cet illustre Camille qui, filleul de Pauline et de Borghèse, aura déjà été inscrit dans le testament de la princesse pour un legs de mille écus romains, — et l'Italie nouvelle devra ainsi beaucoup, sans le savoir, aux fructueuses amours de M"^ de Sellon.

En attendant, bien qu'elle n'ait point de ressources qu'on lui connaisse, hors son traitement, la baronne de la Turbie est des élégantes de la Cour. En deux mois, de mars à avril 1812, elle a fait chez Leroy un mémoire de 4200 francs et elle s'inquiète peu de qui le paiera. Toutefois, sait-elle bien que ce ne sera pas la princesse et est-elle assez intelligente pour ne jamais rien lui demander de ce genre : aussi sa faveur persiste et la baronne est-elle de tout.

Cette fois, le voyage se passe facilement, et Pauline, assez en santé, s'arrête d'abord à Lyon chez le cardinal.

Fesch est arrivé depuis la fin de mars et, bien qu'il se pose en homme résigné et en sujet obéissant, il n'a cédé sur rien et reste pareil à lui-même. « N'ajoutez pas à vos peines en pensant aux motifs de mon départ de Paris, écrit-il à sa sœur. Je les ai mises aux pieds de la croix : Dieu sera ma force ; en lui, repose toute ma confiance. Je ne regretterai jamais un séjour' oii je n'ai pu faire tout le bien que je désirais et où j'étais

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