‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 154 sur 213 · PAULINE, FESCH, MADAME · texte numérisé non relu

PAULINE, FESCH, MADAME

éprouvé par de continuels tourments de toutes sortes, châtiments mérités peut-être de mon obstination à demeurer si longtemps hors de mon diocèse et de ma prétention à me croire utile à l'Eglise ». Il était bien décidé à ne point bouger de Lyon, sauf si Madame venait à Aix ; alors, il l'accompagnerait, mais il devrait demander l'autorisation de l'Empereur, « malgré qu'Aix fût situé aux confins de son diocèse et dans sa province ecclésiastique ». Gela avait fait avec Madame, qui, dès les premiers beaux jours, avait quitté, pour son château de Pont, Paris où elle ne trouvait rien à son gré, l'objet d'une longue correspondance. Madame tenait pour Bourbonne ; le cardinal avait proposé de l'y rejoindre et de la ramener à Lyon, mais tout en discutant l'efficacité de Bourtonne et en prêchant Aix : Pauline et Julie allaient y venir, ce qui devait tenter Madame, et le cardinal acheva de vaincre ses scrupules en proposant de louer lui-même une maison, d'expédier de Lyon, des chevaux, de l'argenterie, de la batterie de cuisine, du vin, et ses gens pour tous les services. « Je ne tiens pas, écrivait-il, à ce qu'ils portent ma livrée; vous pouvez envoyer la vôtre qu'ils endosseront. Quant aux valets de chambre, les vôtres et les miens sont habillés de même. Ainsi vous pourriez vous dispenser d'emmener vos gens là. » De même offrait-il pour la dépense de faire tout ce qui plairait à sa sœur. Gomment Madame eût-elle résisté?

Tant de générosité était surprenante chez Fesch; et il ne se montrait point sous ce beau jour à son clergé.

Les curés qu'il faisait venir de la campagne pour les conférences qu'il avait instituées, se plaignaient tout haut de sa lésinerie. Aux moindres demandes, il répondait qu'il avait à pourvoir ses séminaires, et, eût-il pu ajouter, qu'il se ruinait à Ajaccio où il faisait réparer l'église Saint-Philippe-et-Saint-Gharles pour y loger les Frères. « Il ne faisait qu'une table avec messieurs ses grands vicaires et il envoyait les gens de sa suite vivre au dehors en leur donnant cinquante sols à trois francs par jour. » Cela paraît bien couper cette légende selon laquelle, le cardinal étant devenu le centre des opposants lyonnais, des exilés et des protestataires, « un dîner réunissait chaque semaine ce petit groupe à l'Archevêché et M"" Récamier y assistait ou apparaissait dans la soirée. » Telles n'étaient point les façons de Fesch qui, hors les femmes de sa famille , ne recevait « personne du sexe » et qui, se sachant surveillé par le commissaire général de Police, n'eût point donné prise en se livrant ainsi à des manifestations publiques.

Ce n'est pas que son opposition ne fût active, mais elle restait secrète comme dans l'envoi de larges subsides aux cardinaux noirs, ou elle s'exerçait dans le domaine religieux : ainsi, avait-il prétendu rétablir des fêtes non concordataires telles que la Fête-Dieu; dans l'ordre de procession générale qu'il avait fait imprimer, il avait assigné des places à des sociétés ou des corporations que l'autorité civile ne connaissait point et il avait tracé la marche en passant devant le temple des protestants de la Place au Change. Le commissaire

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