FESCH. — A LYON
général de Police lui avait fait des observations ; il avait passé outre. De même, couvrait-il les prêtres qui, enhardis par sa présence, menaçant à tout propos de son autorité, se montraient, dans leurs sermons, singulièrement agressifs contre les persécuteurs : plus la police se plaignait, mieux les prêtres étaient notés. Toutefois, Son Eminence, malgré son attachement pour son diocèse ne manquait pas de s'y ennuyer. Le passage de Caroline le 18 mai lui avait été une trop courte distraction. Pauline, après quelques jours, était pressée d'aller à Aix; elle eût souhaité entraîner son oncle, mais il ne jugea point décent d'accompagner seul une si jeune femme et il voulut attendre sa sœur qui n'arriva qu'à la fin de juin. Alors nouvel embarras : « Il est vivement incommodé pendant huit jours par des douleurs hémorroïdales » ; de plus, il est de si mauvaise humeur que mieux vaut sans doute qu'il reste chez lui : On ne « l'a point fait prévenir du passage de Sa Sainteté ». Pie VII, qu'on amène, sans avoir pris son agrément, de Savone à Fontainebleau, eût goûté médiocrement peut-être l'entrevue avec cet ancien ministre à Rome dont les maladresses avaient envenimé ses premières querelles avec l'Empereur, mais Fesch n'eût point consulté le goût du Pape pour s'imposer à lui, pas plus qu'il n'eût sollicité le consentement de l'Empereur. « Il disait publiquement qu'il était bien singulier qu'on ne l'eût pas prévenu, que l'administration de la police avait eu bien tort, attendu que, quels que fussent les ordres du ministère en cette partie, l'Empereur n'aurait pas
trouvé mauvais qu'il fût averti du passage de Sa Sainteté. »
Tout est là : Toncle de l'Empereur, même disgracié, même exilé, tient qu'il est placé au-dessus des lois et que les dépositaires de l'autorité impériale n'ont aucun droit sur lui. Il tient aussi que nul règlement n'a vigueur devant son caprice et que l'impossible n'existe pas devant sa volonté. Ainsi, le 10 juillet, avant son départ pour Aix, rend-il deux décrets; par le premier, les élèves du Séminaire métropolitain auront quatre mois de vacances au lieu de deux, ce qui procurera sur la nourriture une économie d'un nouveau sixième applicable aux bâtiments ; par le second, la maison des Chartreux que le cardinal a achetée il y a trois ans, « à l'aide des droits qui se paient pour dispenses à l'Archevêché », devra être disposée et préparée pour le 20 ou le 30 du mois, époque que Son Eminence a fixée pour son retour des eaux. » Aux Chartreux, l'on a de beaux jardins, un air excellent, une vue admirable, mais les bâtiments, inhabités depuis 1791, sont en délabre, rien n'est préparé pour installer un prince de l'Eglise qui aime ses aises : aussi les grands vicaires s'affolent ; mais Fesch que mènent comme un écolier les chérubins de la Grande aumônerie, aime, en distribuant d'un ton sec des volontés enfantines, se figurer que rien ne saurait plus résister à son génie qu'à son autorité.
Parti le 10 juillet avec ses propres chevaux et ses propres relais, le cardinal retrouve à Aix une grande