RÉUNION A AIX-EN-SAVOIE
partie des siens : Pauline d'abord qui, depuis Lyon, eut des aventures : « du côté des Echelles », elle n'a pu supporter davantage la voiture, a été obligée de descendre, et elle a fait jusqu'à Aix la plus grande partie de la route dans sa chaise à porteurs. Madame, comme toujours en grande intimité avec sa fille, vit très à part avec M"® de Fontanges et M. de Beaumont. Fesch amène de plus l'abbé Lucotte et quelques-uns de ses habitués. Le frère et la sœur semblent fort occupés à prêcher Louis pour qu'il rentre, surtout qu'il ne s'avise point d'aller courir les mers. Il n'y a d'augmentation dans cette société qu'à la miaoût, oii Julie vient se reposer à Aix des tracas que lui cause sa royauté in partibiis.
Elle doit être excédée, elle qui vraiment n'a point d'ambition et qui se plaît à une vie bourgeoise et tranquille, des appels désespérés que lui adresse Joseph et où, sous prétexte de modération, de désintéressement et d'abnégation, il la charge à tout instant de signifier ses exigences à l'Empereur. Pourvu qu'il ne la force point à le rejoindre, Julie, lorsqu'elle le juge opportun, s'emploie à le satisfaire et, pour l'ordinaire, elle y réussit. Elle est de ces humbles qui ne font que ce qu'elles veulent, qui savent se faire offrir ce qu'elles seraient obligées de demander et qui, étant laides et souffreteuses, inspirent une sorte de pitié qui les fait triompher presque à coup sûr. Elles portent, surtout à ne point agir, une obstination passive qui sied, peut-on dire, à leur personne physique. Qu'y faire? Comment les vaincre? Faudra-t-il que l'Empereur fasse conduire
de brigade en brigade la reine des Deux-Siciles jusqu'à son trône de Naples, la reine des Espagnes jusqu'à son trône de Madrid? Si Napoléon lui retire le Petit Luxembourg, elle vivra toute l'année à Mortefontaine; s'il lui coupe le traitement de prince français, elle empruntera à son frère Nicolas Clary. Conclusion : l'Empereur lui laisse le Petit Luxembourg et le million annuel.
De même, à présent, Julie s'obstine à garder près d'elle sa sœur chérie, Désirée. Or, c'est la femme du prince royal de Suède, et, si la guerre n'est point déclarée entre l'Empire et la Suède, il ne s'en faut guère. Bernadotte, dès la fin de 1810, a notifié à l'empereur de Russie sa ferme intention de trahir son bienfaiteur' et de s'armer contre lui. L'année 1811 s'est passée en espèces de négociations où Napoléon s'est laissé duper; car l'Empereur n'a pu croire à cette prodigieuse ignominie; il s'est confié à la reconnaissance, à la loyauté, au patriotisme de celui dont il avait fait la fortune ; en 1812, nul doute ne peut subsister; l'entrevue d'Abo entre Alexandre et Charles-Jean a consacré et attesté la défection. Et Désirée, depuis son bref voyage en Suède, d'où elle est revenue au mois de juin 1811, s'obstine à rester en France, malgré les invitations réitérées que l'Empereur lui fait adresser d'en sortir par tous les intermédiaires officieux qu'il peut employer. Elle suit Julie de Mortefontaine à Paris, où elle habite toujours l'hôtel rue d'Anjou, que le Premier consul lui donna après l'avoir racheté de Moreau. Vainement, pour la