JULIE ET DÉSIRÉE
décider, l'Empereur a-t-il éloigné l'ex-convenlionnel Chiappe, qui tient à Désirée une compagnie si fidèle qu'il l'accompagne partout. Il a chargé Savary de chercher, pour celui que les Bonaparte ont jadis si humblement invoqué en faveur de Lucien, « un emploi dans une partie quelconque de l'Empire, à Gènes ou ailleurs, mais à une distance d'au moins 40 lieues de Paris. )) C'a été la sous-préfecture d'Alba Stura où Chiappe a été nommé le 40 décembre 1811, mais Désirée n'est pas plus allée à Alba Stura, qu'à Stockholm, et sa présence à Paris n'est point si indifférente. Elle est trop habituée avec Talleyrand et avec Savary, elle voit passer trop de monde chez Julie pour que les correspondances qu'elle entretient avec son mari niaient pas des dangers. Que faire pourtant? Gomment l'arrêter chez la reine d'Espagne et la déportera la frontière? Gomme à Mortefontaine et à Paris, elle est donc avec Julie à Aix, escortée d'une Grecque, M*"* de Flotte, la femme de ce Flotte qui, à Rome, en 1793, causa l'émeute où Bassville trouva la mort. La reine d'Espagne n'a pas une cour plus brillante. Elle n'a plus en France de dames qui soient officiellement attachées à sa personne et certaines qui, comme M""" de Genlis, ont prétendu se pousser près d'elle, ont été soigneusement écartées. M"'' Dupuy l'accompagne donc comme amie, et M. Maurice de Balincourt on ne sait à quel titre ; car ce sera seulement le 31 janvier 1813 qu'elle le demandera à l'Empereur « pour la suivre comme chambellan » et il ne sera nommé que le 9 février.
Au surplus, Julie et Désirée se suffisent fort bien et elles ne font pas plus de bruit que Madame. Il y a à Aix des quantités de gens qui, pour n'être pas de la Famille impériale, font autrement de tapage : la duchesse d'Abrantès en première ligne, puis la duchesse de Raguse, et M™" Doumerc, et M™' Lallemant, et M""' de Sémonville, et M™' de Menou, et M. et M"^ de Rambuteau, et Perregaux, et Forbin, et tout Paris, jusqu'à Talma. Aix est à la mode bien que ce soit alors, comme aujourd'hui, la station la moins agréable et la plus chaude que les médecins aient inventée pour faire boire de l'eau à leurs victimes. Les duchesses, telles que M""" Junot et M"^ Marmont, font chacune plus de poussière que trois reines et, à leur grande joie, n'ont laissé aux princesses que des chambres qu'elles n'accepteraient point pour leurs premières femmes. Pauline, plus avisée et si fort habituée des eaux, s'est pourtant réservé, sur le haut de la colline, une petite maison, la maison Ghevalay, qui serait fort agréable, n'était qu'elle est séparée du chemin par une assez grande vigne. Elle a quelque idée de se distraire \ car elle n'est point de celles qui vivent d'un seul amour, mais, pour le moment, ses occupations n'ont rien que d'honnête. Sa santé en est la principale et chacun, à part soi, fait des gorges chaudes de cette malade imaginaire. Cette peste de M"^ Junot n'a garde de s'en taire et Rambuteau même, si bienveil-
* M. de Rambuteau et M^^ d'Abrantès disent dans leurs mémoires que M™" de Saluées se trouvait à Aix avec la princesse. Les documents que je possède ne laisse point de doutes sur la disgrâce antérieure de M"« Millo.