PAULINE. — SES MALADIES
lant d'ordinaire, ne retient pas un sourire. La princesse se plaît à raconter ses malaises, et, aux jours où elle a pris son costume de chaise longue, bonnet d'Angleterre à touffes de rubans et peignoir en mousseline de rinde brodée à jour, tout garni de point, on dirait qu'elle ne se soucie plus même d'être coquette; elle ne parle que médecine, entre dans tous les détails, raconte les diètes qu'on lui impose, diètes de huit jours, après quoi on lui a permis une petite soupe — et sans sel ! Sort-elle, va-t-elle avec sa bande en excursion champêtre; c'est en chaise à porteurs et, à la halte, on lui apporte son lait, son petit lait plutôt, car elle est à la diète blanche.
Gela est vrai : entre les D""^ Desmaisons et Bouvier, et leD'Buttini, venu toutexprès de Genève, ilfut ordonné qu'elle prît, de petit lait, tout ce que son estomac pourrail en digérer et encore qu'elle s'en servît en lavements. Car, en dépit de M*"* Junot et de M. de Rambuteau qui en rient, Pauline n'est point malade d'imagination seulement. Autrement, outre le petit lait, lui administrerait-on tout à la fois de l'extrait de ciguë, partant de 36 grains pour atteindre 2 gros, de l'extrait de laitue vireuse et de l'extrait de coquelicot; penserait-on à de petits vésicatoires et appliquerait-ondes sangsues? Comme elle n'est point soulagée, messages à Bultini reparti à Genève et à Corvisart à Paris. Buttini indique des remèdes, sans rien comprendre à la maladie que Corvisart explique, le 22 juillet, avec sa lucidité habituelle. Il ne croit pas, comme ses confrères, à une inflammation s'étendant au foie, au péritoine, aux
intestins et ailleurs; s'il y avait une véritable inflammation, la princesse y aurait succombé depuis longtemps. Il voit surtout une susceptibilité nerveuse exagérée qui, à des époques, produit les anomalies les plus bizarres. Cette fois, au lieu que ces accidents se soient présentés, comme à l'ordinaire, dans une succession plus ou moins lente, ils se sont produits simultanément. « Cet ensemble, écrit-il, a dû faire une complication rare de symptômes qui ont fait de tout cela une maladie siii generis et pour laquelle je ne crois pas que le cadre soit encore fait. Malheureuse mille fois la princesse qui l'éprouve ! Malheureux eux-mêmes les médecins appelés à porter les secours de l'art dans un cas aussi ambigu! »
Plus tard, le 30 août, Bouvier et Gorvisart consultant établissent rétrospectivement la marche de la maladie « qui a excité les douleurs les plus cruelles et a nécessité l'application trois fois réitérée de sangsues, d'un grand nombre de vésicatoires ; l'administration journalière de bains d'eau douce, celle de remèdes tempérants de tous genres, de poudres de James, la boisson d'une quantité prodigieuse de petit lait et une diète tellement rigoureuse que la princesse a passé près de quatre semaines sans prendre ni supporter aucun aliment. »
Yoilà qui donne raison à Pauline contre M"® Junot : de même est-il des lectures que, lorsqu'elle entra en convalescence, elle demande à Talma de faire chez elle. « Son Altesse, écrit M""" de Gavour à Decazes, vous recommande de lui envoyer ce qu'il y aura de