‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 159 sur 213 · PAULINE. — LES FÊTES A AIX · texte numérisé non relu

PAULINE. — LES FÊTES A AIX

plus joli, car le silence le plus profond lui est ordonné et la lecture lui est alors une consolation. » Mais Pauline a eu le malheur de choisir Molière et le malheur plus grand d'inviter M'"" d'Abranlès à entendre Talma lire du Molière; voilà son crime.

Pourtant, aux fêtes que donne Pauline lorsqu'elle est remise, M"" Junot s'empresse : non seulement aux réceptions quotidiennes oij la princesse chante, avec RambuteaUjdes nocturnes de Blangini, mais aux parties à Hautecombe, avec toute la société qui est à Aix; elle se laisse gâter de charmants présents par cette Paulette qui croit Laurette son amie. A la Saint Napoléon, on célèbre officiellement l'Empereur et du même coup Madame mère : le D'" Bouvier, au nom delà Maison, débite un bouquet en prose qui montre assez bien de quelle atmosphère d'étonnante flatterie les princesses sont entourées : « 0 vous, s'écrie Bouvier, vous qui, sur la terre, ne devez rien voir au-dessus de votre grandeur, grande par la gloire infinie de l'Empereur, grande par le mérite de vos nombreux enfants, par le haut rang qu'ils occupent ou qu'ils dédaignent, et par les respects qu'ils vous rendent; grande par la tendre amitié que vous a vouée un frère reconnu pour un des beaux caractères du siècle ; grande enfin par la vénération qu'inspirent à tous les peuples vos fonctions protectrices de la bienfaisance, vos qualités, vos vertus personnelles et cette noble beauté des traits qui, dans votre personne, semble s'être formée de ces qualités et de ces vertus, ne dédaignez point ce bouquet que notre amour a rassemblé et que nos cœurs

osent VOUS offrir : c'est l'hommage que le respect, dans sa sensibilité, consacre au sage objet de son enthousiasme. »

Il y a des fêtes plus gaies et sans doute Pauline les préfère. Alors, brille près de Forbin, astre éclipsé, mais dont pourtant le retour de Naples a été accueilli avec joie, un astre nouveau, le commandant Auguste Duchand. M""^ Junot a soin de dire que sa faveur est proclamée. Que le commandant soit fort épris, nul doute, mais qu'il ait déjà remplacé Ganouville, rien de moins sûr. A la fin d'août, Pauline envoie à son intendant le dessin d'un sabre des plus riches, qui doit être exécuté sur-le-champ avec goût et recherche. « Surtout, écrit-elle, n'oubliez pas que les diamants qui orneront la poignée soient placés à vis et puissent se remettre et se retirer à volonté. » Plusieurs fois, elle écrit pour presser l'exécution de ce sabre destiné à Ganouville : ce n'est point là marque de rupture. Pourtant, Duchand pousse sa pointe. Il est un des officiers à la fois les plus beaux, les plus braves et les plus appréciés de l'armée : il a trente et un ans. Sortant de l'Ecole polytechnique, il a servi d'abord dans l'Artillerie de la marine, avant d'entrer dans le Corps impérial. L'Empereur, qui l'a distingué durant la campagne d'Austerlitz, l'a nommé le 21 juillet 1808, l'un de ses officiers d'ordonnance. C'est lui qui, à Madrid, a contribué le plus à la grâce du duc de Saint- Simon, pris les armes à la main et condamné à mort par une commission militaire. Promu chef d'escadron et resté en Espagne, d'abord avec Sébasliani, puis

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avec Suchet, il a, cet artilleur qui seul dans l'armée s'obstine à porter le pantalon rouge, adopté une tactique à laquelle rien ne résiste. Il porte ses batteries à portée de pistolet de l'ennemi et il le mitraille. A ce jeu, il a reçu au siège de Valence une blessure sur laquelle on l'a cru mort. Il s'en est tiré, est rentré en France et, le 17 avril, a obtenu de l'Empereur un congé de convalescence, avec solde entière, pour aller aux eaux d'Aix. Si, comme le dit M°"' Junot, il se faisait porter par son ordonnance pour traverser la vigne de la maison Ghevalay, ce n'était pas crainte de crotter ses bottes vernies, mais faute de pouvoir marcher. La blessure qu'il avait reçue n'était point pour rire, car le congé accordé le 17 avril fut renouvelé le 1" novembre, jusqu'au 1" janvier, et cela quelque besoin qu'on eût alors d'hommes comme Duchand.

Sûrement, il aimait Pauline et la compagnie de Duchand ne déplaisait point à la princesse; même fut-il le seul qui resta près d'elle, car peu à peu tout le monde a quitté Aix : Madame, le 23 août; le cardinal un peu plus lot, assez mal en point, les eaux « ayant été pour son système sanguin, dit Gorvisart, un excitant sinon dangereux, au moins trop puissant»; Julie, sur la nouvelle de la bataille des Arapiles qui l'a atterrée; toutes les belles dames à la fin d'août, parce que la mode le commande ainsi. Sans doute, vers la fin de septembre, l'impératrice Joséphine est arrivée, mais Pauline ne l'a jamais goûtée et ne la goûte point davantage. Pourtant elle ne part point. C'est que, lors de sa maladie, Corsivart a été très net :

« Les climats chauds, a-t-il écrit, sont, je crois, une condition sine qud non pour arriver à ce but d'un grand soulagement et de guérison. Je n'ai jamais cessé de le répéter à la princesse, à l'Empereur, à toute la Famille; je n'ai jamais cessé de m'irriter contre toutes ces pratiques de l'étiquette auxquelles Son Altesse Impériale était forcée de se soumettre, si quelquefois elle ne le faisait de son gré. Je n'ai jamais fait composer la médecine avec aucun de ces genres d'obédience : j'ai parlé hautement, mais j'ai parlé dans le désert. Justice doit m'être rendue à cet égard. »

Rentré à Paris, Bouvier a étudié avec Gorvisart les moyens de remettre la princesse « après une atteinte aussi fâcheuse ». Ils ont déclaré « qu'il serait indispensable de faire concourir tous les moyens de l'art et ceux de la nature. Entre ces derniers, ont-ils dit, celui que nous jugeons le plus indispensable est l'habitation pendant l'hiver d'un climat doux et tempéré » et ils ont terminé en écrivant : « Estimant qu'il importe essentiellement au rétablissement de Son Altesse de ne pas tarder à gagner les pays chauds, nous pensons qu'elle doit y être arrivée à l'époque de l'équinoxe prochain pour n'en revenir qu'au printemps de 1813 et qu'elle doit dès aujourd'hui en solliciter la permission. »

C'est cette permission qu'attend Pauline; demandée dans les premiers jours de septembre, elle ne peut arriver avant le début d'octobre, en admettant que l'Empereur, qui croit peu à la médecine, n'y voie pas un nouveau caprice et l'accorde tout aussitôt. Le

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