PAULKNE. — MORT DE CANOUVILLE
temps passe et l'équinoxe arrive : « Ma sanlé, écrit Pauline le 17 septembre à Decazes, est toujours bien faible et je souffre beaucoup de mes douleurs de rhumatisme. » « Ma santé, écrit-elle à un de ses gens d'affaires, exige que j'aille dans le midi et je ne puis m'en dispenser d'après l'avis des médecins. » Lasse d'attendre, elle a fixé au 3 octobre la date de son départ; d'Aix elle ira à Lyon. « où elle s'embarquera sur le Rhône pour son grand voyage. »
Mais voici qui renverse tous ses projets. Le 27 septembre, arrive à Paris, avec la nouvelle de la victoire de la Moskowa, l'annonce de la mort de Ganouville. « Les détails que vous donneront les journaux, écrit à l'intendant David M. de Saluées, qui accompagne l'Empereur comme écuyer, porteront la tristesse dans votre àme, comme ils livreront au désespoir une haute et puissante dame. Ganouville n'est plus et, couvert de son sang, j'ai trouvé sur sa poitrine un portrait dont la ressemblance frappante eût trahi et compromis l'original; seul je l'ai vu et anéanti. » Pauline, qui ne sait rien encore, s'inquiète de ne pas recevoir de lettres. Nul n'ose pourtant lui parler ni lui écrire. A la fin, quelqu'un s'enhardit et, aux questions qu'elle pose, répond en envoyant le titre et la date d'un journal; rien de plus. « Vous aurez su, écrit le 25 octobre, le maître d'hôtel Ferrand, que l'afTreuse nouvelle est connue maintenant et, depuis ce jour, cette intéressante dame est dans une affliction dont rien ne peut donner une juste idée... Il faut en être témoin pour se le bien persuader... Ce vous sera bien remplir les intentions
de Madame que de donner vos soins à recouvrer les divers objets dont vous me faites l'honneur de me donner avis... Le temps viendra où on pourra quelquefois lui parler d'une perte qui lui est si douloureuse... Elle ne fait que pleurer, ne mange plus et sa santé s'altère... J'espère que le voyage apportera un peu de soulagement à des peines aussi vives. »
Le départ a été fixé au matin du 27 ; on ne part que le 28; sur le lac du Bourget, on a un roulis affreux; le 29, on arrive à Lyon, où la princesse reste quelques jours à l'archevêché. Le 6 novembre, elle est à Tarascon, très fatiguée et très changée. Le 7 elle en part pour coucher à Orgon ; le 8 elle est à Aix et le 9 à Marseille où elle séjourne.
Là, quelque distraction lui vient et commence son ell'et. Au commencement de septembre, le duc de Rovigo a été informé par le commissaire spécial de Mayence, M. Berckheim, que des offres considérables étaient faites par la maison Kaula, de Hanau et de Slultgard, pour l'achat d'un premier lot de la dotation attribuée à la princesse en Westphalie, consistant dans le château de Philipsrech, les forêts et autres dépendances, qui allait être aliéné à une maison de Francfort : c'est un objet de 750 000 francs. Le conseil de la princesse a aussitôt délégué Decazes pour aller, sur les lieux, s'assurer si, dans un premier marché, il n'y a pas eu collusion entre l'intendant de la princesse et les acheteurs. Decazes revient avec des informations sérieuses et, tout aussitôt, Pauline s'émeut à l'idée que ce bel argent pourrait lui acheter, aux environs de