‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 16 sur 213 · PREMIERE IDEE DU CONCILE EN · texte numérisé non relu

PREMIERE IDEE DU CONCILE EN

participe, respectueux de la discipline qu'il ne prétend pas réformer lui-même, mais dans laquelle il estime que TEglise doit introduire telle réforme que le pape ne puisse, sous prétexte que sa souveraineté temporelle est troublée, abuser des privilèges spirituels reconnus et concédés par les gouvernements séculiers. Dès que la question sort du temporel qui est de son ressort, pour s'engager sur le terrain de la discipline ecclésiastique où il reconnaît son incompétence, il n'a garde de prendre de lui-même une décision. Il soumet ses avis au conseil ecclésiastique qu'il a formé et, selon les opinions que lui fournit celui-ci, il les abandonne ou les soutient.

Les armes que le Pape emploie contre lui sont vieilles et peuvent paraître surannées : certaines au moins demeurent efficaces et les mêmes attaques se produisent qui jadis, en riposte, ont provoqué les Déclarations de l'Eglise de France et contribué à former la doctrine gallicane. Napoléon connaît ou croit connaître cette doctrine et il pense y trouver le suprême remède. Dès 1791, il a lu et retenu ces axiomes posés dans YEsprit de Gerson qui fut un temps son livre de chevet : « Le Concile est audessus du Pape lorsqu'il est œcuménique et légitime; les Princes séculiers ont été et sont en droit de convoquer des Conciles ; les Conciles n'ont pas besoin pour leur validité de la confirmation du Pape. »

Ces notions, qu'il inscrivit dans ses cahiers de jeunesse \ se sont retrouvées en son esprit lorsque,

* V. Napoléon inconnu, II, 2ol.

en juillet 1807, il déclare « qu'il ne craindra pas de réunir les Eglises gallicane, italienne, allemande, polonaise, dans un Concile pour faire ses affaires sans pape et mettre ses sujets à l'abri des prétentions de la cour de Rome ». Il les a précisées dans la note que Champagny a adressée par ses ordres, le 22 septembre suivant, au cardinal Caprara, et, désormais, elles constitueront Vultima ratio qu'il brandira pour amener le Pape à composer avec lui.

« Faire ses affaires sans le Pape m^ c'est-à-dire instituer l'indépendance religieuse de l'Empire, serait sans doute, au point de vue du gouvernement, une solution préférable à celle d'un accord précaire oii « la nation est à chaque instant blessée dans son repos, sa dignité, son indépendance; » mais Bonaparte a trop besoigné en vue de rétablir l'unité et trop favorisé PEglise romaine pour que Napoléon se flatte d'être suivi s'il s'embarquait dans une telle entreprise.

Dès qu'il ne peut songer à l'indépendance, pour quoi « il a pu se convaincre qu'il n'eût jamais obtenu la coopération nationale », ce remède du Concile apparaît comme le seul efflcace, aussi bien pour la question du temporel que pour celle du spirituel, aussi bien contre les cardinaux que contre le Pape. A ceuxlà, l'Empereur opposerait les prélats de son empire qui, instruits des besoins des fidèles au milieu desquels ils vivent, représentent les intérêts de leurs diocèses et constituent au propre l'Eglise militante. A celui-ci, en admettant que sa résistance fût invincible, il pourrait, à quelque moment, faire l'application d'un

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