RÊVE D'UN CONCILE ŒCUMÉNIQUE
principe de droit qui entraînerait sa déposition : le cas de folie et d'insanité [vel si [Papa] cadat in perpetiiam insaniam). — Il semble le tenir en réserve; autrement, que viendraient faire les mots d'extravagance et de folie dont il caractérise si souvent les actes du Pape? — Alors, le Concile national, qu'il est certainement en droit de convoquer et qui, par le nombre et la dignité des Pères qui y siégeraient, serait comparable déjà aux Conciles généraux d'Occident, serait transformé en Concile œcuménique.
C'est une procédure à laquelle il a songé; mais il eût eu besoin, pour la suivre et pour la faire aboutir, d'un corps épiscopal qui eût marché comme un régiment. Peu sûr déjà des évoques qu'il a nommés en France et en Italie et qui tiennent de lui leur état, que seraitce des Allemands, alors que le Pape a refusé de négocier un concordat et que la plupart des sièges sont vacants; des Espagnols, des Napolitains et des Polonais? Le Concile œcuménique est donc un rêve et le Concile national est plein de surprises ; mais, sans le convoquer, on peut en parler. Qui sait d'ailleurs si une autre solution plus simple n'interviendra pas et si, en amenant le Pape à Paris ou aux environs, on n'obtiendra pas de lui qu'il se rende plus traitable? Telle est bien ridée qu'exprime l'Empereur lorsque, tout de suite après l'enlèvement de Pie VII, le 6 août 1809, il écrit à Fouché : « Quant à la demeure définitive du Pape, quel inconvénient y aurait-il à le faire rapprocher de Paris et à le placer, par exemple, dans un de mes appartements de Fontainebleau? Je ferais venir les cardinaux
qui sont mes sujets d'Italie et de France à Fontainebleau où je les laisserais en liberté; il serait avantageux d'avoir le chef de l'Eglise à Paris où il ne peut être d'aucun inconvénient. » A Fontainebleau, l'Empereur « le ferait servir et traiter par ses gens » et, comme il le dit quelques mois plus lard à Tabbé Emery, « il le recevrait avec les mêmes honneurs que quand il est venu le sacrer ».
Tel est le cheminement parallèle des deux projets; mais il ne faudrait point penser que Napoléon, bien qu'il ait exprimé pour la première fois en I8O0 l'idée qu'on retrouve sous sa plume en 1809, d'amener le Pape à Paris ; bien qu'il ait formulé en 1807 l'idée du Concile qu'il semble vouloir mettre à exécution dès la fin de 1809, les ait suivies dans l'intervalle avec rigueur et que l'une et l'autre lui soient également chères. Il se fut sans doute contenté d'exercer sur les Etats pontificaux un protectorat militaire et politique, mais, comme il a dit au Corps législatif : « Les Papes devenus souverains d'une partie de l'Italie se sont constamment montrés les ennemis de toute puissance prépondérante dans la péninsule », c'est pourquoi il a dû « annuler la donation des Empereurs français ses prédécesseurs, et réuni les Etats romains à l'Empire». A présent, il est embarrassé du Pape; il ne peut le laisser libre de porter chez les ennemis de l'Empire la puissance spirituelle qu'il exerce; il répugne à le tenir en Italie où sa présence inspire de telles craintes qu'Elisa à Florence et Borghèse à Turin poussent jusqu'à la cruauté l'empressement de le faire partir