HORTENSE. — A AIX-LACII A PELLE
rencontré un Altgraf de Salm, qui, conquis par sa gloire, lui a offert son cœur, sa fortune et son titre. Elle habite depuis lorsDyck, Aix-la-Chapelle et Paris, mais, ailleurs qu'à Paris, son auditoire est restreint. Aussi, dès qu'Hortense arrive, s'empresse-t-elle de se faire présenter. Elle y a tous les droits, son mari — pardon! — son époux, ci-devant prince, est à présent comte de l'Empire, chancelier de la 4*^ Cohorte, lieutenant de louveterie et député au Corps Législatif; de plus, philosophe botaniste, dissertant sur les aloès. Elle apporte, avec sa personne, un album en deux volumes, plein de vers de Lemercier, Chénier, Lalande et C'^ Elle débite les siens. Elle est installée dans le fauteuil de la reine et lui étale toutes ses richesses. Elle égaie tout ce petit monde : elle ne marche pas sans son album, cite à chaque instant « cette petite littérature secondaire de l'Institut, » Lemercier, Laya avec qui elle est fort liée, mais bonne femme malgré tout, très naturelle, « et puis une telle confiance, un si grand empressement de dire ses vers, un moi si continuel et en même temps si renaissant qu'elle est très divertissante ».
Hortense a grand besoin de cette distraction ; elle est souffrante des eaux et triste du mauvais temps, mais elle n'en est pas moins aimable. « En parlant de la reine, écrit M"" de Rémusat à son mari, je ne puis assez te dire quel charme je trouve à l'intimité de sa société. C'est vraiment un caractère angélique et une personne complètement différente de ce qu'on croit... Elle est si vraie, si pure, si parfaitement igno-
rante du mal; il y a, dans le fond de son âme, une si douce mélancolie ; elle parait si résignée à l'avenir qu'il est impossible de ne pas emporter d'elle une impression toute particulière. Sa santé n'est pas mauvaise ; elle s'ennuie de celte pluie parce qu'elle aime à marcher, elle lit beaucoup et paraît vouloir réparer les torts de son éducation à certains égards. L'instituteur de ses enfants la fait travailler sérieusement. » Ainsi Hortense est-elle restée la bonne élève de M"® Gampan, ainsi se remet-elle spontanément sous la férule de l'abbé Bertrand, le maître de la grande classe ; ainsi garde-t-elle, cette femme qu'on pourrait croire experte, un côté d'enfance, une forme d'innocence qui touche à l'inconscience. Si M'^^de Rémusat, qui n'est point naïve et qui porte sur les femmes un regard sans cesse averti, la juge comme elle fait, peutêtre n'a-t-elle pas si tort. Une rouée ne se conserve pas pour un seul amant et elle n'a garde de se laisser faire un enfant.
Soudain, une alerte très vive. Le 8 juillet, « le prince Napoléon s'est levé le matin avec de la fièvre et un grand mal de cœur. La fièvre dure encore, écrit M"® de Rémusat; M. Lasserre ne lui trouve pas un caractère grave ; il soupçonne, sans l'assurer encore, une maladie éruptive. La pauvre reine est dans une inquiétude qui fait mal. Tout le monde s'efforce de la rassurer, mais les mères ne se rassurent pas. » Elle moins que tout autre, car elle qui, des six mois durant, abandonne ses deux fils à quelque cent lieues, sans en avoir remords, s'affole lorsque, elle pré-