HORTENSE. — L'ATTENTAT MALET
un grand goûter à l'allemande, c'est contre dix fois à Saint-Leu.
Hortense, dès qu'elle a appris l'attentat de Malet, le 24 octobre, se jette en voiture et court à Saint- Cloud : « J'avais besoin, écrit-elle à son frère, d'embrasser le pauvre petit roi de Rome que j'ai trouvé très bien. L'Impératrice était à merveille et croyait que ce n'était qu'afTaire de brigands. Heureusement qu'elle n'a pas du tout peur pour son fils. Elle m'a dit qu'elle viendrait passer la journée de demain à Saint-Leu et je m'empresse de tout arranger. 11 fait si mauvais temps que, pour l'amuser, je fais venir Brunet. On joue Les habitants des Landes sur mon petit théâtre. » Revenant à la conspiration : « il n'y a pas de doute, dit-elle, qu'ils auraient été près de s'emparer du Roi de Rome, cela fait trembler. Mon petit plan à moi était d'envoyer mes enfants dans la première ville fortifiée, comme Péronne. Ce nom de Pucelle me convenait assez. J'aurais tâché d'y mener le Roi, l'Impératrice et, en achetant beaucoup de blé, de m'enfermer dans la ville et d'attendre qu'on vienne nous délivrer ». Ainsi montre-t-elle, avec une velléité de courage, un sens juste des événements. C'est qu'elle est de Paris, elle; que, du 10 août au 18 brumaire, elle a vu les coups d'Etat se succéder, qu'elle sait à quoi lient la solidité d'un trône et comment une émeute, dont on riait hier, devient, en une nuit, une insurrection qui renverse tout au passage. Et, à ses légitimes craintes, elle mêle une forme de dévouement où l'égoïsme n'a nulle part. Elle pourrait,
comme d'autres l'ont fait, penser que, le Roi de Rome disparaissant, son fils se retrouve l'héritier unique. L'idée ne lui en vient pas. Pas davantage à Joséphine qui, sur la nouvelle, voulait aller, avec sa fille, « se réunir à Marie-Louise et au Roi de Rome ». Cette fin de l'année 1812 qui éprouve les dévouements, est toute à l'honneur des Beauharnais ; ils y prennent attitude de braves gens qui ont conscience du devoir, reconnaissance des bienfaits reçus, abnégation de leurs intérêts et tout cela sans grande illusion.
Il semble que Louis n'en ait pas eu davantage sur la guerre de Russie dont il augurait mal, avant même qu'elle fut engagée. « 11 ne vit que trop bien qu'elle conduirait son frère à sa ruine. 11 me le répéta cent fois, écrit Yan Capellen, et l'événement prouva qu'il avait bien deviné ». La démarche qu'il fit alors ne peut être expliquée que par cette prévision. Au mois de février 1812, M. de Thuil, frère de l'auditeur de Thuil, colonel au service de Russie et chargé du service des renseignements, étant venu à Gratz rendre visite à sa sœur M""* Van Capellen, Louis lui confia, en mains propres, sur l'assurance qu'elle serait remise directement à l'empereur Alexandre, sa protestation du 1" août 1810 contre l'annexion de la Hollande. Il fondait sur cette pièce de telles espérances que, en mai, il disait au comte de Bissingen : « Je me trouve vraiment embarrassé si la Russie déclare qu'elle veut remettre la Hollande dans son état d'indépendance et si elle prononce de s'inté-