‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 167 sur 213 · LOUIS. — LETTRES A ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LOUIS. — LETTRES A ALEXANDRE

resser vivement pour moi ». Chercha- l-il pour arriver à l'empereur Alexandre d'autres intermédiaires, cela ne semble pas impossible, mais l'on ne voit pas que la Russie l'ait pris en considération.

D'ailleurs, si l'on en croit Yan Capellen, « il se trouvait combattu par le mécontentement cju'il éprouvait contre son frère dont il était la victime et la part qu'il continuait de prendre à la gloire de l'Empereur et de la France ». Celle-ci n'était point si forte qu'elle le déterminât à rentrer. A défaut de Decazes, auquel il avait imposé le silence sur toute autre matière que la littérature, Madame et Fesch avaient, pour l'engager à revenir en France, employé d'autres intermédiaires et fait de nouvelles propositions : « Il ne voulut jamais y prêter l'oreille, dit Van Capellen; il préférait beaucoup être roi exilé plutôt que de jouir de tous les agréments que le séjour de la France aurait pu lui offrir ».

Les soins à donner à l'impression de Marie ou les peines de l'Amour, commencée en octobre 1811 et terminée seulement en juin 1812, l'attente anxieuse du bruit que son livre ne manquerait pas de faire et de la renommée qu'il lui attirerait, avaient, durant quelques mois, distrait et occupé sa mélancolie; le soulagement qu'il avait cru trouver aux remèdes du docteur Speck avait atténué quelque temps ses préoccupations de santé ; la reprise fut d'autant plus vive lorsque le traitement eut échoué et qu'à l'espèce de fièvre que donnent à un nouvel auteur les épreuves de son premier ouvrage eurent succédé l'oisiveté et

la déception du silence. Sans doute avait-il la ressource de se dire que le silence était commandé el que c'était là une persécution de plus ; mais il ne s'en trouvait pas plus gaillard. Il ne croyait plus aux médecins autrichiens : il retourna aux français, entre autres au docteur Bouvier, auquel, dès 1810, il avait adressé l'histoire confidentielle de sa vie morbide. 11 reprend maintenant avec lui tous les phénomènes qu'il éprouve, entre dans les détails les plus intimes, s'examine membre à membre et fonction à fonction. Ainsi ditil : « La main droite a une demi-paralysie qui n'a pas augmenté, mais qui ne s'améliore pas, quelque chose que l'on fasse. Pour écrire, il faut attacher la plume aux doigts et d'abord couvrir la main d'un gant. La main gauche devient petit à petit sans force. Pour tourner une clé, il faut que je mette les doigts dans Fanneau ; sans cela je ne puis la presser assez pour la tourner ; il en est de même pour se moucher, ôter le chapeau, etc. ; et cette main est la seule qui puisse faire quelque service : l'autre est inhabile quoique j'aie encore conservé le sentiment et le mouvement du poignet. » L'élude continue : « J'éprouve depuis deux ans, dit-il, des espèces de congestions à la tète ; elle devient lourde; il me semble que je vais délirer; j'ai même, en veillant, en causant, une espèce de rêve, j'ai peine à suivre mes idées. Celam'arrive rarement, mais quelquefois, principalement le soir, quand je suis enrhumé ou constipé plus que de coutume. » Après s'être tout entier passé en revue, il énumère les traitements qu'on lui a fait subir, les remèdes

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