‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 168 sur 213 · LOUIS. — SA SANTÉ EXPLIQUÉE PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

LOUIS. — SA SANTÉ EXPLIQUÉE PAR LUI-MÊME

qu'on lui a donnés, les observations dont il fut l'objet les diagnostics qu'on a portés sur sa maladie, « Du médecin très habile de cette ville », il passe à Franck, à Boyer, à Hufeland, car il a consulté partout; de tous les avis il a gardé note, de même qu'il a collectionné toutes les ordonnances; il compare alors Jes opinions et les discute, et, devant cet étrange amas de folies médicales qui montrent la science d'il y a un siècle presque en tout pareille à celle du temps de Molière, ce croyant obstiné, qui veut à tout prix guérir, ne perd pas la foi. Il tire de son cas vingt-quatre articles sur chacun desquels « il demande une réponse franche, entière et approfondie ». Singulier embarras pour Bouvier qui n'a pas le droit de s'embarquer aux explications que donne, de la maladie de Louis, un docteur Gapellini célèbre à Gratz. Gapellini déclare que « la maladie est une affection scrofuleuse qui a son origine dans le sang et qui est comme une maladie de famille, que M™° Borghèse est atteinte aussi de cette maladie, que Napoléon lui-même n'en est pas tout à fait à l'abri et que le père en mourut. » Gapellini n'a jamais vu Pauline, Napoléon, ni Gharles Bonaparte; Bouvier a certainement l'avantage d'être le médecin de la princesse et de connaître l'Empereur, mais il n'en est pas plus avancé. De même, ayant en mains les confessions pathologiques que Louis lui a adressées en 1809 et 1810, il sait ce qu'il doit penser des certificats de pureté que Gapellini prodigue à son client, mais la connaissance des causes ne lui fournit pas le remède. Certes, il est intéressé plus qu'homme

4U0 PsATOLÉON ET SA FAMILLE

au monde à atténuer les souffrances du patient et surtout à arrêter les progrès de la paralysie, mais où trouver un spécifique qui n'ait pas été employé, comment imaginer un traitement qui n'ait pas été appliqué? Il se borne donc à résumer les moyens curatifs qu'il préfère entre ceux qui ont été proposés, « ce rapprochement, dit-il, ne pouvant que faire plaisir à l'auguste malade à qui toute mon ambition serait d'être utile. » De conclusion, point. Louis est atteint d'une maladie qui a affecté l'organisme entier; pour le moment, elle est slationnaire, elle ne présente d'ailleurs aucun danger immédiat. De temps à autre, comme en juin, le bruit court qu'il est mourant, c'est une nouvelle pour les gazettes, mais la moindre enquête suffit à rassurer la Famille. La vérité est qu'il peut vivre vieux, quoique infirme et toujours souffrant.

De même le moral. Il est atteint autant que le physique, mais il ne s'altérera guère plus et la série des délires ne s'accroîtra ni ne s'aggravera. Pour le moment le délire de l'instabilité, si caractérisé, semble atténué, se tient aux projets, ne passe plus aux réalisations. Louis se cramponne à Gratz : « Je ne veux, écrit-il, quitter Gratz qu'à mon corps défendant, je neveux point aller ailleurs. » C'est que, sa mère et son oncle le contredisant et le prêchant pour rentrer en France, il doit manifester une prédilection pour l'Autriche. Mais, cela écrit, il pense d'autant plus à s'expatrier. Il demande à Lucien de lui faire parvenir le plus tôt possible le passeport promis sous le nom de Louis van Hol. « Si rien ne peut te décider à rentrer

Page 1