LOUIS. — RELACHE DANS L'INSTABILITÉ
en France, lui écrit-il, hàte-toi de sortir d'un pays ennemi du tien et de te rendre en Amérique. Surtout, ne perds pas un instant de me prévenir, dès que lu seras rendu, par le premier bâtiment qui viendra à Trieste. Tu peux être sûr que, si tu t'y trouves déjà et que j'aie la certitude de pouvoir te rejoindre, je le ferai bientôt. Tu connaîtras l'Amérique mieux que moi ; choisis, je le prie, le climat le plus sain et le plus analogue à la France. Il faut pour cela des renseignements particuliers. Je crois que les degrés de latitude semblables ont des différences de climat très considérables. »
Si longues et si précises que soient ces instructions, elles portent tous les caractères du doute. C'est aux projets dont il parle le plus que Louis s'attache le moins et les actes qu'il accomplit sont d'ordinaire impulsifs. Nul étonnement donc de ce qu'il paraisse, sur le voyage outre-mer, céder aux représentations de sa mère et de Fesch.Ii écrit à Madame le 2o octobre : « J'ai pris un autre parti; j'attends, je me résigne et il arrivera ce qui plaira à Dieu. Quoique la longue et très longue lettre que mon oncle m'a écrite d'Aix m'ait contrarié, assurez-le bien que ce que je lui ai répondu est vrai. J'ai cru entendre Bossuet ou Fénelon. J'avoue que je ne le croyais pas de celte force-là; s'il ne m'a pas convaincu, il a ébranlé ma résolution et m'a fait entendre une voix que j'aime et que j'espère n'être jamais assez malheureux pour cesser d'aimer, celle de la vérité. »
L'instabilité réduite aux projets, c'est presque une
guérison, mais il n'en est pas de même pour la persécution. Depuis près d'une année, Van Cappelen, par dévouement pur et, semble-t-il, un peu par pitié, lui tient compagnie. Plus heureux que Bloys et que Latour, va-t-il échapper au soupçon d'être l'homme de ses ennemis ? Il a dit à Louis et lui a répété à chaque occasion « qu'il était décidé à ne pas servir le gouvernement français ; qu'il croyait lui avoir donné une marque d'attachement en quittant son pays pour passer plusieurs mois avec lui; qu'il était prêt, si cela pouvait lui être agréable, à répéter une pareille visite, mais qu'il était rappelé par des affaires de famille et personnelles, que d'ailleurs, il ne pouvait, pour mille raisons, se décider à s'expatrier définitivement et à lier pour l'avenir son sort à celui du roi ». Dès lors, le soupçon s'élève dans l'esprit de Louis. Il ne s'en cache pas, « dit à Van Gapellen qu'il s'aperçoit fort bien qu'il a été sa dupe; que Gapellen n'était venu le voir que pour l'espionner, et, que, malgré toutes ses protestations contraires, il était sûr que, à son retour en Hollande, il verrait dans les journaux sa nomination comme membre du Conseil d'Etat ou autre, et qu'il finirait par se moquer de son ancien roi. » Gapellen indigné prend la peine de répondre par écrit à cette incartade : d'oii une de ces correspondances de rupture dont on a déjà vu tant d'exemples. L'ancien ministre quitte Gratz, définitivement brouillé avec le roi.
Louis trouve alors quelques distractions dans un tour en Styrie oii il éparpille, dans les sites qu'il a le