‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 170 sur 213 · LOUIS- — LA PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

LOUIS- — LA PERSÉCUTION

mieux admirés, de petits monuments avec des inscriptions attestant sa mélancolie. Puis il vient aux bains de Neuhaus où s'est rendue sa Jeannette de l'année précédente : l'amour est en baisse, bien qu'il produise encore des vers, mais Jeannette s'est dédoublée : il y a deux Jeannette

Dont l'une a l'esprit séduisant Et l'autre des grâces parfaites...

D'autres silhouettes imprécises de femmes poétifîées passent dont le prénom n'apprend rien : Henriette H.., Sophie G..., Lili; tout cela semble extérieur, c'est un médiocre exercice de versification; mais d'indices sur la vie que mène Louis, on n'en a point de suivis depuis le départ de Capellen. Les lettres qu'il écrit, et que la poste intercepte le plus souvent, donnent seulement des nouvelles de santé ; l'on a la certitude qu'il se refuse à employer d'autres moyens plus sûrs ; mais, par ce qu'il écrit à ce sujet, l'on est fixé sur son état mental, Decazes a voulu faire passer ses lettres par quelqu'un de Gralz et Louis lui répond sévèrement le 7 novembre. « Je vous prie, quand vous m'écrirez, de vous servir des voies ordinaires, La personne à qui vous avez adressé vos lettres à Gralz, si elle est un bon correspondant pour vous, en est un très mauvais pour moi. Elle ne se fait pas scrupule de garder les lettres, de les ouvrir, de les communiquer à je ne sais qui, car je ne sais pour qui elle fait la police. Ce que je sais, c'est qu'elle en fait une, et sûrement ce n'est pas pour le gouvernement de ce pays qui n'a que faire

d'un tel homme. Evitez-moi le déplaisir que vos relations avec ce monsieur me procurent. Je ne veux avoir affaire à lui ni directement, ni indirectement. Je vous prie que ce soit la dernière fois. »

Donc Van Gapellen sorti, tout de suite un autre persécuteur a fait son entrée et, bien qu'à distance, Decazes est tout prêt de passer persécuteur, lui aussi. « Vous savez, mon cher Monsieur Decazes, lui écrit Louis, pourquoi j'ai cessé de vous écrire depuis plus d'un an. Je ne vous l'ai point caché. Il y a de certaines choses sur lesquelles je suis seul de mon avis, mais sur lesquelles je ne puis changer. Vous me faites de la peine, quand vous connaissez si bien ma façon de penser, de me parler encore d'autres personnes que de mon fils. Ne l'appelez pas autrement que comme cela ou Napoléon, si vous ne voulez pas me faire beaucoup de peine. Vous me feriez même bien plaisir de dire à ses gouvernantes d'avoir la même attention pour moi. Je leur en ai écrit plusieurs fois, mais elles se font un jeu d'y manquer. »

Donc les gouvernantes aussi: il est vrai que voilà longtemps qu'il les tolère impatiemment près de son fils. « Je vous prie, écrit-il à Madame, de parler à Madame sa mère pour qu'on le sorte enfin de la main des femmes. Je ne l'y vois pas sans peine ; voici près d'un an que je me fatigue inutilement de le dire. » Hortense lui a retiré tout moyen d'inspection et de contrôle sur la vie et les études de son fils. Elle n'a pas même cansenti que chacun des enfants eût sa gouvernante propre et son service séparé; elle n'a

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point toléré que Napoléon reçût des leçons habituelles d'un autre que l'abbé Bertrand. C'est une séquestration que l'Empereur couvre du prétexte dynastique, qu'il autorise parce qu'il y voit l'appât qui ramènera Louis en France, mais qu'il condamnée part lui.

A cet enfant, Louis est tellement attaché que, non seulement il ne rompt pas comme on s'y attendrait avec les gouvernantes, mais même qu'il les gracieuse, quelque envie qu'il ait eue de les chasser. C'est que seules elles le tiennent au courant de son fils ; seule, d'Aix-la-Chapelle, M™" de Mailly lui a donné des nouvelles de la scarlatine ; Hortense n'a point écrit, ni personne de la maison ; seules, elles peuvent procurer au ci-devant roi cette faveur que les lettres que lui écrit son fils soient spontanées et personnelles, non dictées par la mère, ou recopiées sur un modèle : voilà près d'une année que Louis sollicite en vain qu'on ne revoie pas ces lettres et il ne l'obtient qu'à la fin de 1812. « Votre lettre du 23 novembre, écrit-il à M""" de Boucheporn le 6 décembre, m'a fait grand plaisir. Madame, en me donnant de bonnes nouvelles de la santé de mon fils et en m'annonçant que ses lettres seront à l'avenir l'expression de ses sentiments et uniquement de lui. Rien ne peut m'ètre plus agréable et me faire autant de plaisir; vous avez bien raison de le penser. Je vous recommande de lui continuer tous vos soins et d'être bien persuadée, ainsi que M""® de de Mailly, de la gratitude que j'en conserve. »

Les lettres qu'il écrit à son fils et auxquelles la poste donne libre cours, montrent assez le désir qu'il éprouve

de se sentir en confiance avec lui; ainsi lui écril-il le 4 octobre : « Mon bon ami, j'ai reçu ta lettre du 18 septembre. Elle m'a fait grand plaisir. L'air de Saint-Leu te fera du bien et je compte recevoir souvent de bonnes nouvelles de toi. Fais-tu des progrès dans la langue latine ? Qui te l'enseigne? Quel livre lis-tu ? Donne-moi beaucoup de détails : ceux que tu crois devoir me faire le plus de plaisir. Si tu savais lire une lettre latine, je t'en écrirais une. Dis-moi ce qui en est. Je voudrais bien savoir si tu te rappelles le temps que tu es resté avec moi à Saint-Leu. »

Plus encore le 11 octobre, à l'anniversaire de la naissance de son fils — cet anniversaire qu'il ne peut s'empêcher de rappeler à Pauline et à Madame, écrivant à celle-ci : « Je vous demande aussi de lui faire un petit cadeau, car c'est aujourd'hui l'anniversaire de sa naissance; » — donc, à son fils, il dit : « Mon cher enfant, je t'écris le jour anniversaire de ta naissance pour te dire que je suis content de toi, que je t'aime et que je remercie le bon Dieu de t'avoir conservé. Tu as maintenant huit ans. Je pense avec plaisir que, si tu étais avec moi, nous pourrions étudier et nous promener ensemble. J'ai été content de ta dernière lettre ; j'y ai remarqué un peu de faiblesse dans l'écriture, mais cela vient sans doute de ta convalescence. Demande à ces dames de ne m'écrire que ce que tu voudras m'écrire. Ne me dis rien de ce que les autres disent, mais ce que tu me dirais si tu étais près de moi. Où en es-tu du latin? Que te fait-on apprendre ? Cela t'amuse-t-il ? Qu'est-ce qui te plaît mieux dans tes

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