‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 171 sur 213 · LOUIS. - LETTRES A SON FILS · texte numérisé non relu

LOUIS. - LETTRES A SON FILS

occupations. Adieu, mon ami, écris-moi bientôt une belle lettre bien longue, bien peinte et tout entière dictée par toi. Je t'embrasse bien tendrement. »

Rien ne vaut l'expression même de l'amour paternel chez Louis pour expliquer et justifier une part de son caractère, sûrement affectueux et sensible ; on n'oserait dire tendre : l'homme se comprime trop pour s'épandre en tendresses. Il a, vis-à-vis des siens, des attentions; il désire être instruit de ce qui les touche, ainsi écrira-t-il à Madame : « J'aurais bien désiré recevoir de vous une lettre confidentielle sur la situation de Joseph et celle de Lucien, mais puisque vous ne m'écrivez que ce que les gazettes disent, il faut que cela soit impossible »; mais, même à Pauline à laquelle il réserve le meilleur de son cœur, il parle en frère aîné, sur un ton qui est grave, lourd, pédant, où paraissent toutes ses habituelles préoccupations de santé, 011 l'on sent, justement par là, l'espèce de confiance qu'il est capable d'éprouver — mais qui n'est point tendre. Pauline lui a écrit pour la Saint-Louis, il la remercie de sa lettre. « C'est la première, lui écrit-il, qui me donne quelques détails de ta santé. Fais-moi le plaisir de m'en faire écrire un long rapport par ton médecin. Ne crois pas, ma chère sœur, que je veuille faire parade de mes connaissances en médecine que je n'ai pas ; je veux seulement chercher si une longue et triste expérience ne pourrait pas t'être utile. Je suis bien convaincu qu^il faut s'en rapporter à son médecin quand il le mérite, mais, dans les maladies chroniques, il faut se sur-

veiller soi-même et étudier l'effet des différents remèdes pour en informer les gens de Tart... C'est aujourd'hui, ajoute-t-il, l'anniversaire de la naissance de mon fils, je lui écris une longue lettre ; dans peu de jours ce sera la tienne. Pauvre sœur! voilà ta trentedeuxième année qui s'achève. Te voilà vieille. C'est très pressant de te guérir et de te bien porter, si tu ne veux pas souffrir toute la vie. Gomment va ta main ? Montes-tu à cheval? Pourquoi négliger cet exercice ! » Celte dernière ligne eût paru falote à Pauline qui supportait à peine la chaise à porteurs et lui eût montré comme Louis était mal instruit de ce qui la regardait, si la lettre lui était parvenue. Mais il en fut de celle-ci comme de la plupart de celles qu'il écrivait; elle resta au cabinet noir.

Dans cette solitude, Louis, malgré l'échec de Marie garde une consolation, ce sont ses travaux littéraires. « Je vous dirai, écrit-il à Decazes, que j'ai traduit une douzaine d'Odes d'Horace et que j'en suis content. J'ai de plus fait cinq odes originales. Peut-être je les ferai imprimer et, comme il n'y a ni allusion, ni rien d'équivoque, je pourrai les laisser publier et voir ce qu'en dira l'Institut, Geoffroy et vous. » Il les fit en effet imprimer à Vienne tout à la fin de 1812, avec le millésime 1813\ Il en expédia des exemplaires à Paris

* La brochure de format in 4» fut tirée sans doute à un nombre d'exemplaires singulièrement restreint, car on n'en connaît aucun dans les bibliothèques publiques ou privées de Paris et de Vienne et le seul qui ait été signalé se trouve à la bibliothèque de l'Université de Gratz qui le reçut sans doute de l'auteur. Cette brochure contient vraisemblement des pièces qui n'ont pas été réimprimées dans les éditions successives de 1819, de 1827 et de

Page 1