‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 172 sur 213 · LUCIEN. — SES PROJETS · texte numérisé non relu

LUCIEN. — SES PROJETS

pour le 1" janvier ; mais l'Institut n'eut garde d'en parler et Geoffroy se tut. Ce silence s'explique. Pourtant, n'eût-il pas mieux valu pour l'honneur de Louis qu'il continuât à faire de mauvais vers ?

Lucien, Tautre littérateur de la Famille, continue à vivre d'espérances et de projets. Il y a le départ pour l'Amérique, l'argent que Boyer doit rapporter de Naples, une espèce de négociation avec le Gouvernement anglais, une demande que, semble-t-il, il a faite à l'Empereur de l'échanger contre quelques lords et voyageurs anglais retenus en France à la suite de la rupture du traité d'Amiens ; il y a surtout l'immortalité qu'il attend de ses poèmes. C'est là l'occupation majeure, car les bruits du dehors ne s'entendent guère à Thorngrove. « Depuis notre arrivée ici, écrit Ghatillon S nous n'avons pu recevoir aucune nouvelle de

1831 car, dans celles-ci, on ne trouve la traduction que de trois odes d'Horace et, par contre, les odes originales, datées de Gratz 1811 et 1812 sont bien plus nombreuses que Louis ne semble l'indiquer.

' On a confondu généralement Charles de Ghatillon avec un Godet, comte de Ghatillon, qui, après avoir émigré et pris part à Texpédition de Quiberon, était devenu chef de la division de la haute Bretagne et du bas Anjou : Charles n'a rien à faire avec lui et l'explication est nécessaire : Adrien-Charles de Ghalillon, né à Doullens en 1777, débuta en 1789 dans le régiment des Cuirassiers du Roi. Il émigra, resta peu à Tournai, rentra, « pensant qu'il pouvait être plus utile au roi en retournant à Paris », fut blessé le 10 août d'un coup de mitraille au bras gauche en chargeant avec les Gardes suisses, échappa aux proscriptions en entrant comme élève, d'abord chez Régnault, puis chez David. Sa mère ayant été ruinée par les banqueroutes des Fermiers généraux et de la Caisse descompte, il « tira parti de ses faibles talents ». Aux Salons de 1795, 1796, 1799, 1800, 1801, il exposa des miniatures, des gouaches, des camées imitant l'antique et Lucien, alors ministre de l'Intérieui", qui entendit parler de lui, le chargea de faire exécuter divers ouvrages par les meilleurs artistes de la capitale et de commencer la formation de sa galerie

France et M. Lucien sait seulement parles bruits publics que Madame Mère est en bonne santé. » Quant à la société de Worcester, s'il est vrai que d'abord elle a paru fort rechercher M"^ Lucien, elle n'a point tardé à se refroidir. D'abord, les prisonniers, au dire de Chatillon, sont gardés avec la plus grande sévérité et ne peuvent dépasser un rayon de dix mille de circonférence ; puis « le Gouvernement anglais a expressément défendu aux nobles et au clergé anglican de leur rendre aucune visite ; cela est poli comme un Anglais, écrit Chatillon, mais nous sommes loin de regretter cette froideur, la plupart de ces messieurs et même le plus grand nombre étant fort ignorant et fort maussade. »

Par bonheur, on est poète: « Nous nous occupons beaucoup dans notre jolie Thébaïde, écrit Chatillon, Les Lettres et les Arts font notre douce consolation. M. Lucien va mettre fin à son second poème et, comme

de tableaux. Il l'emmena en Italie, où Chatillon organisa le palais de Rome, embellit la villa de Tusculum, dirigea les fouilles, surveilla les gravures de la galerie et en décrivit les tableaux. En AngleteiTe, il composa, pour les poèmes de Lucien, des illustrations dont plusieurs furent gravées et, à l'exemple de son patron, se livra à la poésie. En 1814, il vint à Paris surveiller lirapresslon de Charlemagne et en 4815, pendant les Cent jours, il organisa le Palais royal pour Lucien. Retourné en Italie avec Lucien, il fut enlevé par les brigands à Tusculum et, en 1822, il fut congédié par le prince de Canino « dont le goûL pour les arts avait cessé ». Etabli à Rome, il y professa durant cinq ans la peinture, vint à Londres en 1827 « pour décorer de peintures l'un des plus beaux châteaux de l'Angleterre », revint en 1830 à P.aris et publia, en 1841, sous le titre : Quinze ans cTexil dans les Étals Romahis pendant la proscriplion de Lucien Bonaparte deux volumes ornés de lithographies fort médiocres et consacrés uniquement aux brigands de Tusculum. Les miniatures et les dessins que j'ai vus de Chatillon ne valent que par la curiosité. J'ignore la date et le lieu de sa mort.

Page 1