‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 176 sur 213 · LUCIEN.— PROPOSITIONS AU SUJET DE L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

LUCIEN.— PROPOSITIONS AU SUJET DE L'ESPAGNE

refusé par les Anglais, fait, en dehors de l'Empereur, ouvrir par Lucien une négociation nouvelle, c'est qu'il est disposé à des concessions qui feraient passer l'Angleterre sur sa personne. Ce n'est pas un propos en Tair, car Lucien insiste par deux nouvelles lettres; et le Gouvernement anglais voit au moins un avantage à entretenir les espérances de Lucien — et sans doute de son correspondant — puisqu'il attend, pour rompre les négociations, jusqu'au 2 novembre, époque où il est assuré de l'issue de la campagne en Espagne.

Si, en politique extérieure, Lucien adopte des solutions pratiques et telles que Bernadotte les eût suggérées, en matière de politique intérieure, il est à l'égard de la France dans l'état d'esprit d'un émigré qui, l'ayant quittée en 1803, ignore tout ce qui s'est passé depuis son départ, qui ne se rend aucun compte que l'Empire a évolué durant son absence, et qui, quelles que soient les apparentes contradictions entre ses appréciations successives des mêmes faits, n'hésite pas à en rapporter constamment les conséquences à ses anciennes combinaisons. On en peut juger d'après les confidences qu'il juge à propos de faire au colonel Leighton sur l'état de l'Empire et d'après ses appréciations sur l'attentat Malet. Pourtant il a connu Malet, il l'a reçu à Rome et, « dans les courtes mais assez fréquentes relations qu'ils a eues avec lui », il n'a point discerné s'il a eu afTaire à un agent provocateur de l'école de Fouché ou à un conspirateur en germe. A présent, « il dit d'abord que les trois généraux qui ont pris part à la conspiration ont été les instruments

d'une fraction infiniment minime du gouvernement français et qu'il ne conçoit pas bien quel a été leur but. Puis, il dit qu'un grand nombre de personnes, dont la fortune était liée à celle du gouvernement, ont tenu, pendant les campagnes oîi Ton a éprouvé des inquiétudes sur le sort de son frère, des réunions secrètes pour, en cas d'accident arrivé à Napoléon, assurer sa succession à une personne qui ne fût pas leur ennemie. Il laisse entendre qu'un certain nombre d'entre elles ont pensé à lui et qu'on lui a fait parvenir en Italie, oii il vivait très retiré, l'expression de leurs sentiments, ce qui lui a créé une situation très embarrassante et très dangereuse, mais que, maintenant que la succession est entièrement assurée, il ne comprend pas quel espoir de succès pouvaient avoir des conspirateurs, à moins qu'ils ne pussent compter sur la coopération de l'armée commandée en personne par son frère. »

Quelques jours plus tard, il dit au colonel Leighton que « le changement qu'on a prétendu établir dans l'ordre de succession a dû être combiné avec quelquesuns des membres influents du Sénat qui avaient volé la mort de Louis XVI et qui craignaient la vengeance d'une régence imposée par lé parti autrichien ». Enfin, il s'arrête à cette opinion que les conspirateurs auraient appris, par des avis particuliers, que l'Empereur était dangereusement malade ; qu'ils auraient voulu faire un régent, peut-être même un successeur, pris dans la famille Bonaparte à l'exclusion de l'influence autrichienne. Il est confirmé dans cette idée par le fait que

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