‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 177 sur 213 · LUCIEN. — L'ATTENTAT MALET · texte numérisé non relu

LUCIEN. — L'ATTENTAT MALET

Joseph a retiré complètement son armée des extrémités de l'Espagne. En cas de mort de l'Empereur, il y aurait un fort parti pour la régence d'un Bonaparte et Joseph pourrait compter sur l'appui de toute la partie de l'armée qui n'est pas en Espagne. La France, dit-il, est lasse de la guerre; Joseph n'est pas un homme rêvant des conquêtes ; par suite, une paix équitable serait possible ^ Comme conclusion, il charge le colonel Leigbton « d'aviser ses commettants que, s'ils sont disposés à traiter, il sera en mesure d'indiquer une personne avec laquelle on pourra très discrètement entamer les négociations ». Ainsi, après l'Espagne, la France. Il est au bout de sa patience : sa fortune est plus que compromise, et le banquier Torlonia menace de vendre la terre de Ganino qui lui a été engagée; ses espérances d'être échangé se sont évanouies aussi bien que son rêve d'Amérique ; il n'a plus à compter sur la fortune de Louis dont il avait cru remonter la sienne. De tout cela l'Empereur est responsable : il l'écrit avec une extrême violence à Madame à la fin de novembre. Vers la même époque, il rédige d'indignation le chapitre de ses mémoires, cette relation prétendue de VEntrevue de Mantoue^ seul morceau vraiment éloquent qui soit sorti de sa plume, où la haine déborde, oii une sorte de causticité vengeresse s'attache à tous les détails par quoi il

' Lucien est l'homme qui sait tout ; il écrira dans ses notes : « Je verrai par la suite s'il mu conviendra de dire ce que jai su longtemps après la mort de Malet de sa fameuse et très extraordinaire conspiration; ce que tant de monde ne sait pas et qui ne sera peut-être jamais connu » ; mais il ne paraît pas avoir donné suite à ce projet.

peut ridiculiser, flétrir, bafouer le frère persécuteur, d'oii à la fin s'élève cette péroraison prophétique : « Vous, mes enfants, imitez mon exemple; ne rendez pas malédiction pour malédiction à votre oncle Napoléon; non, il ne faut pas le maudire, car je vois s'accumuler sur sa tète les nuages du courroux céleste d'où partira la foudre qui ne peut manquer de le frapper, s'il persévère dans ses iniquités. Qui sait d'ailleurs si notre persécuteur, aujourd'hui à l'apogée de sa puissance, quand vous serez en état de lire ceci, ne sera pas plus à plaindre et moins plaint, et moins révéré que nous, dans cette île dont le doux et puissant génie de la liberté éclaircit le brumeux horizon! »...

L'Empereur à son départ avait des inquiétudes sur l'Italie; craignant les descentes anglaises, il avait multiplié les précautions et pris ses mesures. L'ennemi ne se montra nulle part, ni à l'île d'Elbe, ni à Rome, ni à Ancône, ni à Venise , ni à Naples, ni à Gênes : sur tous ces points, cette éventualité était prévue et, en ce qui la touchait, Elisa n'avait pas manqué de déployer son activité pour exécuter les instructions fraternelles. La situation intérieure lui eût fourni des occasions plus propices de montrer ses talents si les problèmes qui se posaient n'eussent été insolubles. Le blocus continental que, sur les côtes de Toscane, les douaniers français exécutaient av^c une vigilance inflexible, souvent en faisant le coup de feu contre les contrebandiers anglais, avait ruiné Livourne où lo commerce était complètement arrêté : il n'y avait

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