ELISA PENDANT L'ANNÉE
point à composer avec des hommes dont les chefs, recrutés dans le haute bourgeoisie — tels Boucher de Perthes et Du Bois-Aimé — portaient à l'accomplissement du devoir professionnel un attachement héré- ditaire que doiiblait chez eux l'honneur des armes. Dans la Haute-Italie, comme enFrance, la récolte de 1811 avait été mauvaise et, quelque soin que se donnât Élisa pour amener des subsistances, les ressources que le lieutenant du Gouvernementà Rome demandait au royaume de Naples, manquaient dans le Grand duché où la famine éprouvait cruellement les populations. Pourtant, malgré ces souffrances, malgré l'acuité de la querelle entre l'Archevêque de Florence et son chapitre, malgré les déportations en Corse de prêtres rebelles, la tranquillité n'avait pas été extérieurement troublée et l'on n'avait même pas vu paraître, comme en 1805 et en 1809, des indices d'entente en vue d'une révolte prochaine. Élisa se reposait sur son renom de justicière et sur la fermeté de son administration. Elle trouvait le moment favorable pour protéger les Arts et elle se faisait représenter, par Benvenuli, entourée des artistes de son temps empressés à reproduire ses traits, des poètes chantant sa gloire, des dames de sa cour et des officiers de sa maison contemplant l'égale et la remplaçante des Médicis. On y voyait le prince Camille révérant le buste de son épouse — et aussi Cenami, astre quelque peu pâlissant, et le jeune Lucchesini, astre levant. Toutefois, si elle protégeait les Arts, la grande-duchesse n'y employait pas ses économies. Elle préférait les
placer sur la terre de Campignano qu'elle achetait 220.000 francs de la famille Manzi et qu'elle mettait en valeur. C'étaient là, pour elle, les fruits de la campagne de Russie.
Caroline portait modestement son triomphe : le 9 mai, après que l'Empereur fut parti pour Dresde, elle a, avec Murât, quitté Saint-Cloud et elle est venue, à midi, s'établir avec lui au pavillon de Flore. Le 12, Murât, avant de partir pour Cassel, lui a remis le décret royal par lequel il lui conférait la régence et confiait le commandement général des troupes au maréchal Pérignon. Les nominations du général Tugny au ministère de la Guerre et du duc de Campo-Chiaro au ministère de la Police ont été approuvées par l'Empereur qui en a autorisé l'annonce dans le Moniteur du 4, La situation a donc été réglée presque au mieux de ce que pouvait désirer Caroline. L'Empereur, avant de quitter Paris, lui a rendu, de la division napolitaine en marche sur la Grande Armée, un régiment de cavalerie et un d'infanterie « afin de moins affaiblir les forces de l'intérieur ». Le général Grenier, renforcé de deux batteries d'artillerie, devra garder ses troupes réunies, pour les porter au besoin sur Rome, Venise ou Ancône, si ces points sont menacés ; de même que, si la descente anglaise s'opère sur les côtes napoli taines, il sera rejoint au besoin par les troupes d'Elisa, de Miollis, de Borghèse ou de Yignolle. Pérignon devra remonter la cavalerie, organiser les batteries d'artillerie, recruter l'infanterie dont les cadres